lettresdamourde1_10Ernest, dix ans, a perdu sa mère à la naissance. Son père est parti trois jours après, pour ne jamais revenir. C'est sa grand-mère, Précieuse, qui l'a élevé: une vie terne, sans beaucoup de distractions ni d'affection. Excellent élève, responsable à l'extrème, au grand jamais Ernest ne prend le risque d'un échange, malgré les efforts de ses camarades, attirées par sa beauté.

L'arrivée à l'école de Victoire de Montardent, sa nouvelle voisine de pupitre, va faire basculer sa vie. Elle est volontaire, la petite Victoire, et pour cause, treizième et seule fille d'une fratrie de quatorze enfants, elle sait où elle veut aller et s'en donne les moyens. L'angoisse que ressent Ernest au début se mue vite en amitié. Auprès des Montardent, qu'il ne tarde pas à rencontrer, Ernest découvre le monde, la joie de vivre, l'insouciance, l'entraide, l'affection, et un certain sens des responsabilités qui n'implique pas le renoncement au bonheur.

A son tour, Ernest mènera sa grand-mère à renouer un peu avec son humanité, non pas qu'elle ait été inhumaine, mais pour la libérer de toutes ces années qu'elle a vécues en recluse dans sa propre maison.

Un jour, au détour d'un rayon de supermarché où il aide au ravitaillement des Montardent (et c'est déjà toute une aventure), Ernest repère un livre dont le nom de l'auteur explose tel une bombe dans sa tête. Son père... peut-être... Marié, six filles, et tout aussi beau qu'Ernest. Le sentiment d'abandon fait surface en lui avec la force d'un volcan en éruption. Il veut le retrouver, il veut savoir.

La réponse du père arrivera quelques semaines plus tard, sous forme de cartons remplis de classeurs, eux-mêmes regorgeant de lettres: une pour chaque jour, depuis le départ de Gaspard. Grâce à elles, l'enfant pourra comprendre pour commencer à se reconstruire.

J'ai adoré ce livre, empreint de beaucoup de tendresse, et d'une grande émotion. A tel point qu'il m'est difficile d'en parler. Aucune mièvrerie, mais des sentiments simples et profonds, et une belle dose d'humour. Un coup de coeur que je ne manquerai pas de mettre dans les mains de mes petits lecteurs en herbe dans quelques années.

A découvrir absolument.

"Mes parents cherchaient un grand ensemble de noms. Ils avaient pensé aux rois de France mais ils ne pouvaient pas nommer tous leurs fils Louis. Ils savaient qu'ils voulaient beaucoup d'enfants alors ils se sont dit qu'ils allaient entamer les noms des douze tribus d'Israël sans savoir qu'ils allaient réussir à fournir les douze bonshommes pour les douze noms." p.37

" Ernest, mon Ernest, tu as répondu à toutes mes prières. C'est toi alors qui auras le courage que je n'ai pas eu. C'est toi qui viendras vers moi. Ce sont les enfants qui nous apprennent comment être parents. J'ai beaucoup de retard. Viens quand tu peux. Viens vite!" p. 197

Le titre du billet est, lui, tiré de la page 78.