PrettiesTally a enfin rejoint Peris et Shay à New Pretty Town. Ses priorités tournent entièrement autour du paraître, même si des fois, elle sent quelque chose qui la dérange sans trop savoir quoi. Un soir, alors qu'elle assiste à une fête, un Ugly ressurgit de son passé pour déposer un colis à son intention. Elle y trouvera une lettre écrite par elle même avant l'opération et deux comprimés. Alors tous ces moments de malaise incompréhensible prennent sens et elle se souvient...

Tout commence donc par une immersion dans New Pretty Town. Les jeunes pretties évoluent de fête en fête, dans une insouciance totale qui donne un peu l'impression d'être prisonnier d'un gros nuage de coton, doux mais solide. La bande des Crims, à laquelle Tally appartient, est celle dont les membres défiaient le plus l'ordre établi du temps où ils étaient uglies. Leur chef, Zane, adolescent charismatique à l'extrême, est parvenu aux mêmes conclusions que les fumants, à savoir qu'avec l'opération ils ont perdu un peu plus que leurs traits ingrats. Pour ne pas se perdre complètement dans la belle mentalité, il a trouvé la parade: rester intense, comme si pousser son corps à l'extrême l'aidait à garder son esprit vigilant.

A ce propos, au début du roman, on fatigue vite de la répétition du mot intense, on se croirait au milieu d'un troupeau d'écervelés qui ne savent s'exprimer qu'avec un vocabulaire très limité (dont intense est le mot le plus "à la mode"). Peu à peu, cependant, on s'aperçoit que l'idée de l'intensité n'est pas la même selon qui la manie, et que derrière un concept "à la mode" se cache un secret de survie (de sauvegarde de ce que l'on est, tout au moins). C'est cette façon dont les mots prennent de la profondeur et sont détournés de leur sens premier qui marque l'évolution des personnages vers une conscience et vers la révolte.

Une nouvelle fois, Scott Westerfield pose nombre de questions intéressantes sur l'humanité, le tout au fil de nombreux rebondissements. La liberté est un point essentiel: jusqu'à quel point peut-on imposer des choses à quelqu'un pour son bien? Peut-on se servir de certains hommes comme de cobayes? (les passages sur la réserve m'ont soulevé le coeur et mon impression de Meilleur des mondes ne s'est que renforcée) La liberté des uns passe-t-elle forcément par l'extermination des autres? par l'instauration d'une vision unique du monde? Les rapports adolescents sont très justement traitées: l'amitié, la découverte de l'amour. Tally mûrit au fil des pages, elle doit vivre avec les conséquences de ses choix, même si souvent la pilule est amère. Mais elle ne manque jamais de courage, devenant par là un personnage très attachant. On la suit dans toutes ses réflexions, on l'admire souvent, on compatit à ses peines, on aurait aussi des fois envie de la secouer, de la réveiller un peu. Et il en va de même pour le personnage de Zane, sorte de héros romantique au coeur pur et plein d'idéaux, auquel on ne peut que s'attacher.

Il va sans dire que dès la dernière page refermée, je n'avais qu'une envie, ouvrir la première de Specials. Les avis de Fashion, Stéphanie et Emmyne.