Pas trop envie de cuisiner ce soir. Nous sommes rentrés tard du parc parce qu'ils avaient de l'avance sur les devoirs, alors on est resté profiter de la douceur et des copains qui, eux aussi, s'attardaient. Du coup, il a fallu faire un condensé douches-devoirs-qui-restaient-écoute-des-leçons-prises-de-médocs-cuisine en une demi-heure top chrono.

Bien entendu, les traditionnelles pâtes étaient de la partie (fraîches, cuisson 2 minutes). Mais ça manque un peu de fruits et légumes tout ça et puis un petit velouté d'avocats est si vite fait. Surtout que la saison du pot-au-feu approche à grands pas (certes, pas avec presque 25° encore au compteur), et que je veille toujours à faire du bouillon pour au moins une soupe supplémentaire (et puis, ça se congèle très bien, le bouillon).

Alors, comme d'habitude, je vais écrire beaucoup plus qu'il n'est nécessaire pour vous expliquer la recette, mais c'est plus fort que moi, car ma cuisine se nourrit souvent de mes expériences de vie.

J'ai grandi au milieu des avocatiers de mes grands-parents. Tous les week-ends, en plus de nous pourvoir généreusement en fruits verts et onctueux, ces arbres merveilleux ont accueilli nos jeux de cousines survoltées, puis ont été les témoins silencieux de nos conversations d'adolescentes (peut-être moins survoltées, quoique...) Ils nous ont fourni les branches dont nous avions besoin à l'occasion d'un bricolage et leurs fleurs régalaient les abeilles des ruches alentour, dont le bourdonnement était omniprésent et presque assourdissant par périodes. Et nous avons fait toutes des recherches empiriques poussées (ehem) sur la biologie du noyau d'avocat.

Quand on tombe dans les avocats depuis qu'on est tout petit, on apprend forcément à faire des choses avec, d'autant que comme on ne le cuisine pas (ma grand-mère en aurait fait une syncope), les recettes sont souvent assez faciles: il faut juste un peu de goût et de bon sens. Et puis, déjà nature ils sont tellement bons... On apprend aussi à les conserver, à les choisir et à les faire mûrir lorsqu'ils sont encore un peu verts (là encore, aucun mystère), à les éplucher à la vitesse de l'éclair, car c'est pas tout ça, mais quand il faut faire le repas pour toute la famille (oncles, cousins, grands-parents, amis quelquefois, puis gendres, brus, belles-familles), vous ne passez pas la matinée à éplucher des avocats.

Alors, oui, je voue à l'avocat un véritable culte, et ce d'autant plus que j'en mange très peu souvent, car la comparaison avec les avocats équatoriens est souvent rédhibitoire, ne m'en veuillez pas de le dire.

Du coup, je sens que vous vous interrogez sur ma logique (non, je n'ai pas abusé des cerises à l'eau de vie samedi dernier): ils ne cuisent pas l'avocat, mais elle est en train de nous proposer une soupe, et qui se mange chaude, qui plus est... Ce n'est pas sorcier, en fait. Et si pour changer, je vous disais ce qu'il faut faire?

veout_avocat

Pour une entrée pour 4 (ou un plat complet pour 2), il va vous falloir:

- Un gros avocat qui ne doit plus être ferme, mais ne doit pas être noir non plus (enlevez le noir au besoin)

- ¾ de litre de bouillon de bœuf (en cas de panne, un cube de bouillon bio dans ¾ de litre d’eau bouillante)

- sel et poivre

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Portez le bouillon à ébullition et vérifiez l'assaisonnement. Le goût du bouillon ne doit pas être trop riche non plus, car la saveur de l'avocat est subtile. Epluchez l'avocat, enlevez le noyau et mettez les quartiers dans le robot, avec un demi-litre de bouillon. Mixez doucement mais longuement, et faites attention car le robot a tendance à éclabousser quand on y fait tourner des liquides bouillants (je veille sur votre santé aussi, oui). Ajoutez peu à peu suffisamment de bouillon, par la cheminée du couvercle, pour arriver à la bonne texture. Servez sans attendre, car vous n'êtes pas censés le réchauffer, souvenez-vous.

Le goût de l'avocat se suffit à lui-même et je n'aime pas le cacher avec de la crème (la encore, ma grand-mère se retournerait dans sa tombe, ajouter du gras à de l'avocat). Aussi, l'idée est de profiter de son onctousité naturelle pour avoir une texture veloutée parfaite et c'est donc pour ça que l'on verse juste assez de bouillon à la fin pour y arriver.

Chez nous, on sert du pop-corn dans une coupelle à côté de la soupe, c'est un grand classique.

avocatier

Tababela, Equateur, juillet 2004.

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A la jeune génération, maintenant, de prendre le relais!