journal_crivainrat_Cela fait un petit moment que j'ai lu ce petit journal. Et j'y ai pris un grand plaisir, car Mary Dollinger décale, extrapole, met face à face deux visions du monde qui destabilisent  complètement les personnages, pour la plus grande joie du lecteur.

Elle part d'une idée simple, mais c'est bien là la clé du succès: un écrivain du XIXè siècle confronté à un éditeur du XXIè, les belles lettres face à la recherche du profit à tout prix, l'éditeur qui attend de l'auteur non plus qu'il écrive un chef d'oeuvre, mais qu'il se plie aux diktats du lectorat, plus souvent en quête de divertissement et de légèreté que de profondeur... Sueurs froides, syncopes, coups de sang sont donc au rendez-vous, de part et d'autre. Il y a les doux, tels Flaubert, démontés par le discours de l'éditeur, qui prennent sur eux et s'étouffent à petit feu. Il y a les autres, tels Hugo, qui partent en claquant violemment la porte, ou Zola qui ne fait pas de concessions face à la réalité. Sans oublier ceux qui n'auraient tout bonnement pas été publiés.

Au-delà de toutes ces anecdotes drôles, navrantes ou attendrissantes, ce récit pose tout de même la question de ce que serait la culture française aujourd'hui si les écrivains souscrivaient aveuglément aux désidératas du monde éditorial. Imaginons nous un monde sans Balzac, une société qu'Hugo n'aurait pas dénoncée dans Les Misérables, que Zola n'aurait pas décrite jusqu'au plus infime détail? Quelles traces resteront dans quelques dizaines d'années de tous les Marc Lévy et autres qui écrivent pour publier? Quel reflet de la société? Quelle beauté du langage?

La légèreté de Mary, l'alternance de son histoire avec celle des grands donne de la légèreté au récit et le rend très vivant, j'aime beaucoup son "style pince sans rire", que certains peuvent qualifier d'humour british: flegmatique mais puissant en même temps. Le lecteur referme le livre le sourire aux lèvres et la tête remplie de réflexions.