Le_pays_sans_adultesA onze ans, Slimane ne connaît que la violence de son père et la soumission de sa mère face au Démon: les adultes ont instauré le royaume de la peur et de la souffrance. Seul son frère Maxence l'aide à voir la vie sous un autre angle, à protéger son coeur contre la brutalité et l'amour dévoyé (car lâche) de sa mère, à rêver une vie meilleure, une vie en couleur, une vie d'espoir, malgré la grisaille de leur quotidien.

Maxence, treize ans, le réfléchi, le clairvoyant. Sa sagesse est grande malgré son jeune âge, et son malheur est d'autant plus grand qu'il en comprend les ficelles comme un enfant impuissant qui a trop vécu. Son seul pouvoir est celui de protéger son petit frère, sa seule arme face au Démon est l'indifférence. Mais un jour le malheur est trop grand, qui se change en désespoir. Alors Maxence part, seul, pour le pays sans enfants.

La solitude de Slimane devient alors un puits de noirceur, dense, palpable, désespérante. Il ne voit qu'un chemin pour en sortir, plonger dedans tête la première pour aller rejoindre son grand frère. Mais c'est une autre voie qui lui est offerte: l'occasion de côtoyer d'autres détresses, d'autres désespoirs, de comprendre et d'être compris, de connaître le respect, la compassion, la possibilité de sortir de la spirale de la haine. C'est alors fort de ces rencontres que Slimane pourra raconter à Maxence que sa vie vaut la peine d'être non seulement rêvée, mais vécue également.

Les mots me manquent pour parler de ce livre, tellement ils ont été noyés par les larmes à la fin de la lecture. Oui, seulement à la fin, bien que plusieurs fois j'aie eu ce noeud à la gorge qui m'empêchait de respirer. Ondine Khayat nous plonge dans un sujet dramatique sans jamais en faire trop. La noirceur des événements est toujours sauvée in extremis par la luminosité des rêves d'enfant et de leur langage, une naïveté empreinte de sagesse, une sensibilité qui dépasse la douleur. On pleure de savoir que cette vie est celle de milliers d'enfants et de femmes, et c'est surtout le décalage entre la tendresse de Maxence et la brutalité qui rend les choses encore plus visibles. La plume de l'auteure est pleine de cette poésie enfantine et de cette sensibilité, elle coule toute seule et se glisse dans le coeur du lecteur. Elle fait mal et elle fait du bien en même temps, elle est lumineuse mais simple. Une lecture qui marque, assurément.

Merci infiniment à Suzanne de Chez les filles et aux éditions Anne Carrière pour cette très belle lecture.

Les avis de Karine, Joelle, Cathulu, Praline, Brize, Lucy, Aifelle, Cryssilda, Katell, toutes enthousiastes.