linaper_uDans la famille Bérynx, je demande la belle-fille, Sabine, courant éperdue sur les quais une veille de Noël. Qu'est-ce qui la fait hoqueter de la sorte, et quelle est cette petite chose fagotée qu'elle serre contre son sein? Un homme s'approche, Père Noël de pacotille en pleine pause-cigarette, tendu, presque affolé: "Ne riez pas..."

On rit peu, en effet, à la lecture du roman de Sylvie Germain; par contre, on savoure ce mouvement lent avec lequel elle dénoue les écheveaux entremêlés de l'histoire familiale, croquant chaque membre posément, avec ce que chacun comporte de déchirures, de secrets, les laissant interagir pour mieux nous atteindre et même parfois (souvent) nous émouvoir.

Dans ce jeu de famille(s) déjà bien compliqué viendra s'ajouter Pierre, ce Père Noël d'un soir, porteur à la fois de lumière et de mystère, d'équilibre et de discorde, de confiance et de suspicion. C'est lui qui amorce cette dymamique douce mais implacable qui continuera même après sa disparition, lorsque lui aussi s'en ira trouver l'harmonie avec lui même et avec les siens, ceux qui ne reposent pas en paix.

Comme si je n'avais pas transporté une PAL qui tenait sur plusieurs cartons, il faut bien sûr que sous prétexte d'accompagner mes loupiots à la bibliothèque, je fasse le tour mille et mille fois des livres, des nouveautés et que, bien sûr encore, je reparte avec un nouveau volume en main. Après Magnus, que j'avais beaucoup aimé, c'est le premier roman de Sylvie Germain qui tombe entre mes mains, alors autant vous dire que je ne me suis pas retenue. Et je m'en félicite, car il y a dans ce roman une force, une émotion très forte, qui tient pour une part au style de l'auteure, se glissant à la perfection dans la peau de chaque personnage décrit, au point de le matérialiser presque devant les yeux du lecteur, mais aussi à la justesse de ses propos, à cette atmosphère un peu rétro voire surannée qui se dégage au fil des pages, à ce décor austère mais vrai de LA maison des réunions familiales, à la force de ses personnages, même les plus secondaires.

L'inaperçu, sans aucune mièvrerie, amène à la réflexion, à la compassion, à une certaine tendresse vis à vis de ces écorchés-vifs qui ne trouvent pas leur place dans la vie. A une certaine antipathie, aussi, cependant, envers celui qui domine et qui méprise. Moins obscur que Magnus quant au dénouement (j'avais deviné une certaine quantité de choses avant qu'elles arrivent), on n'en a pas moins de mal à poser le livre, qui m'a valu quelques heures intenses de lecture au détriment de mes heures de sommeil.

"Je suis un crime de guerre qui rime avec amour Ça rime très mal très cru très interdit", p. 174.

Sylvie Germain, L'inaperçu, Albin Michel.

PS: le titre du billet est aussi tiré du livre, p. 97.