passagedugueCela fait un peu plus d'un an que Passage du gué dormait sur ma PAL. Depuis Saint-Etienne, l'année dernière, en fait. Depuis, j'avais lu Accès direct à la plage; c'était si près du grand départ, que je n'ai même pas eu le loisir d'en faire un billet. Mais j'avais aimé. Beaucoup. Et il était hors de question que celui-ci attende mon retour pour être lu, alors il a fait le grand saut avec moi. Et quelle meilleure occasion pour en profiter que l'invitation de Bladelor à me joindre à la lecture commune avec Ys.

Mais venons-en au roman.

Milieu des années 2000. Fred, la quarantaine, fait les soldes avec ses enfants, lorsqu'au détour d'un rayon, il les aperçoit. Myriam, Thomas, leurs enfants. Une émotion trop vive. Un débordement qui emplit ses yeux, qui paralyse son coeur. Et un saut vertigineux vingt ans en arrière. Une revisite de cette année passée auprès d'eux, le temps de les aider à traverser un de ces cataclysmes qui anéantissent. Le temps de les aider à passer le gué... et de s'effacer.

J'ai été soufflée par l'écriture de Jean-Philippe Blondel, autant le dire tout de suite. Encore plus que dans Accès direct à la plage. Cette façon de poser des mots délicatement sur des sentiments si ravageurs, comme un joueur de Mikado défaisant patiemment l'amas de baguettes qui ne semble offrir aucune possibilité. Ce calme, cette simplicité qui pourrait ressembler à de la platitude mais qui n'en est pas. Cette beauté de l'écriture, tout simplement, qui permet de continuer malgré le maëlstrom de sentiments que j'ai parfois ressenti, juste parce que c'est beau, juste parce que c'est touchant. Cela ne tombe jamais dans le mélo et c'est d'autant plus efficace. La narration en trio, si elle ralentit parfois un peu le roman, nous permet d'entrer d'autant plus profondément dans le ressenti des protagonistes.

Quant aux personnages eux-mêmes, j'avoue que c'est surtout avec Myriam que j'ai eu du mal. Je n'ai pas été tout à fait capable d'entrer dans sa tête. Elle m'a quelquefois irritée , même si je n'ai pu que compatir (quelque part, on est forcé de compatir, et c'en est peut-être encore plus irritant, non?). En revanche, Thomas et Fred m'ont profondement émue. Voisinage improbable de la nonchalance et de la détermination, du calme tranquille de Fred et de la volonté de réussir de Thomas. Et caché sous cette carapace, un trésor d'humanité, de bonté, de fragilité, qui me les a rendus proches, si proches...

Je n'en dirai pas plus, pour ne pas vous dévoiler l'histoire. Jean-Philippe Blondel nous offre un très beau roman, Un roman qui bouscule, qui émeut, mais qui guérit aussi d'une certaine manière et je l'en remercie. Un roman que je vous conseille de lire, vous aussi.

Ce roman a été lu dans le cadre des lectures communes, avec Bladelor et Ys (qui a beaucoup moins accroché). Aifelle, Florinette et bien d'autres l'ont lu aussi.

Jean-Philippe Blondel, Passage du gué, Pocket.

PS: Désolée Bladelor pour le manque de lien, mais je n'ai pas accès à ton blog depuis plus d'une semaine.