num_risation0005Emma Woodhouse semble régner sans partage dans le coeur et sur la place de la petite société de Highbury. Vivant seule désormais avec son père, elle se plaît à tenter de tracer la vie de ses proches connaissances, souhaitant arranger mariages et relations. Son élan ne trouve de frein qu'en la personne de Mr Knightley, à la fois beau-frère, voisin et ami attentionné (et accessoirement, meilleur parti du lieu).

Cependant, ses interventions sont bien loin d'être heureuses, et conduisent les objets de ses projets à la détresse et l'héroïne au chagrin et à la culpabilité. C'est le chemin que choisit Jane Austen pour mener cette Emma relativement capricieuse et imbue d'elle-même (sans pour autant cesser d'être charmante et bien élevée, entendons-nous bien) de l'enfance à l'âge adulte, lui faisant au passage acquérir une humilité et une maturité qui lui manquaient indiscutablement.

La fin vient ponctuer cette histoire de bonheur, le bonheur tranquille que connaît souvent la fin d'un roman austenien; la fin du chemin et la satisfaction de l'avoir parcouru.

Je ne sais trop que vous dire d'Emma, sinon pour commencer qu'elle m'a prodigieusement ennuyée par moments, bien que j'aie reconnu ses qualités et sa sensibilité dès le départ. Mais justement, elles me semblaient quelque peu gâchées par tout cet étalage de sa petite personne. En même temps, Emma n'est que rarement au centre de l'intrigue, ou l'est plutôt par erreur, lorsque ses projets se retournent contre leur bâtisseuse, car ils le font, inmanquablement. Ce sont les autres qui font les frais de la conversation: Jane Fairfax et sa prétendue idylle, le couple Elton, magnifiquement bien dépeint, Harriet Jones et ses amours sans cesse déçues (la faute à qui, on se le demande, ou plutôt pas)... Par ailleurs, j'ai été agacée de voir venir à chaque fois ce qui allait arriver, ça ne m'a pas beaucoup aidé à me concentrer sur ma lecture.

En revanche, on retrouve avec plaisir la plume de Jane Austen dès qu'il s'agit de décrire les personnages, leurs relations, la société en général. Mrs. Elton, comme je l'ai déjà dit, ne peut être mieux illustrée, pauvre personnage qui manque de sens autant que de charme et n'a de cesse de se faire valoir par ses prétendues relations. De même que Miss Bates et Mr. Woodhouse. Les personnages d'Emma ont quelque chose de commun avec ceux des autres romans, on n'est pas surpris même si ce n'est pas tout à fait pareil. Après tout, ses romans dépeignent une société anglaise dont les codes sont restés relativement inchangés pendant de longues décennies. C'est à vrai dire ce que j'ai préféré dans le roman et ce qui m'a tenu jusqu'au bout.

Je ne m'attarderai pas trop sur le personnage de Mr Knightley, que j'ai trouvé pratiquement absent du roman. Il est là, en touches, et en même temps, c'est comme si tout avait déjà été dit, car c'est à n'en pas douter, un des personnages principaux de l'histoire, la vraie, et pas celles qu'Emma se plaît à imaginer.

Bref, une lecture pas désagréable, mais j'ai déjà lu des romans de Jane Austen avec beaucoup plus d'intérêt.

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge

classics