num_risation0001Dans une chambre d'hôtel, un jeune homme écoute le récit de Louis, vampire vieux de plus de deux cents ans. Histoire étrange et déchirante s'il en est, ensorcelante, dérangeante, que le vampire égrenne lentement, le temps d'une nuit...

C'est un vampire du nom de Lestat qui transforme ce jeune planteur de la Nouvelle Orléans, dans les années 1760. Très vite, cependant, Louis s'aperçoit qu'il n'a pas le même regard que son maître sur la condition de vampire. Il en conçoit un profond mépris et choisit de tourner son esprit vers la connaissance, dans une sorte de quête sur les origines des vampires et leurs implications. Bien plus tard, en compagnie de Claudia (jeune enfant transformée par Lestat dans le seul but de garder Louis auprès de lui), il quittera Lestat pour rencontrer des créatures "comme eux" et trouver des réponses.

Mais celles-ci ne sont pas forcément celles qu'il espérait...

J'avoue que je ne sais pas trop vous dire si Entretien avec un vampire m'a plu ou pas. D'une part, c'est une histoire très prenante: une fois qu'on est dedans, on a du mal à en décrocher. J'ai vu les pages tourner, les heures s'écouler, toujours voulant savoir où l'histoire allait me mener. L'ambiance est vraiment extraordinaire: la Nouvelle Orléans fait une parfaite terre à vampires avec sa géographie et son histoire coloniale, cette touche de douce décadence où le vampire cadre si bien. Puis cette Transylvanie farouche et hostile, dont on n'a qu'une envie, en sortir. Et enfin Paris, avec son cosmopolitisme et ses habitants blasés, qui ont besoin de sensations fortes pour trouver goût à la vie. Anne Rice sait très bien placer son lecteur dans le décor. Le livre baigne par ailleurs dans une telle ambiance de sensualité qu'il ne peut qu'aiguiser la perception du lecteur.

L'histoire en elle-même est également intéressante, quoique établie sur un patron assez classique (à savoir tout de même que beaucoup de bit-lit actuelle se nourrit certainement de son roman entre autres, à moi la faute de l'avoir découvert si tard). Une opposition entre deux vampires, l'un tentant de s'élever au-delà de sa simple nature de prédateur, qui d'une certaine manière honore l'espèce dont il est issu et répugne à la décimer, et l'autre qui incarne l'acceptation sans limites de la nature de vampire et qui jouit sans scrupule du pouvoir que sa propre nature lui donne.

Ce qui m'a dérangée c'est la relation entre Louis, Claudia et Lestat. Je sais bien que l'auteure nous la décrit comme une monstruosité, punissable même chez les vampires. Il n'empêche, c'est vraiment trop monstrueux, justement. Je ne suis presque jamais parvenue à voir Claudia comme autre chose qu'une enfant de quelques années à peine, et plus d'une fois je me suis interrogée sur les motivations de l'auteure de l'inclure dans son récit. Comme cela fait partie intégrante du roman, vous comprendrez que ça m'ait gâché quelque part mon plaisir...

La fin est d'une logique imparable. Ce n'est pas forcément celle qu'on aurait souhaité, mais on ne la rejette pas non plus. Seule la motivation dernière du journaliste m'a fait arquer dangeureusement les sourcils.

Finalement, je suis contente d'avoir découvert ce roman, mais j'en resterai là pour les oeuvres de Mme Rice; ça m'a enlevé le goût d'aller voir plus loin.

Anne Rice, Entretien avec un vampire, Pocket, 1978, 443 p.

Pour l'occasion, moi qui aime bien les petits boutons, je suis bien contente de ressortir celui-ci:

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