EsmelennoxLe jour où Iris reçoit un appel de l'asile de Cauldstone, elle découvre l'existence d'une grande-tante que personne n'avait jamais évoquée auparavant. Qui est cette Euphemia Lennox, Esme, qui refait surface maintenant et dont Iris se découvre être la responsable légale? Son père est mort et l'esprit de sa grand-mère Kitty divague dans les brumes de son Alzheimer. Or il y a urgence, car l'asile ferme et cherche à reloger ses pensionnaires.

Tout d'abord réticente, Iris se laisse peu à peu gagner par la curiosité et cherche à savoir quelle raison pouvait valoir à une adolescente de seize ans d'être internée et complètement oubliée par sa famille deux générations auparavant.

J'avais lu beaucoup de billets enthousiastes sur ce roman dans la blogosphère, et c'est donc avec un peu d'appréhension que je l'ai abordé, craignant d'être déçue en fin de compte. Il n'en fut rien. Maggie O'Farrel m'a tenue en haleine du début à la fin, au rythme de ses révélations de plus en plus stupéfiantes. Trop en avance sur son temps, trop sincère dans une société qui refoule sa douleur dans le silence, trop décalée, l'enfant Esme devient source d'inconfort voire de honte pour sa famille. Loin de s'arranger avec le temps, elle horrifie sa grand-mère, ses parents et sa soeur. Esme sera d'ailleurs la principale victime de son caractère. Puis elle sera à jamais enfermée dans un asile.

L'histoire est racontée à plusieurs voix qui enrichissent le récit, différents points de vue qui nous renseignent sur les personnages. Iris, d'abord, sa vie un peu tristounette et sa progressive prise de conscience que quelque chose de terrible se cache derrière l'internement d'Esme, les souvenirs d'Esme, de son enfance douce-amère et solitaire. Au milieu de tout ça, les délires de Kitty, une lucidité en pointillés sur les événements du passé, qui nous dit le désarroi de la jeune fille à marier face à cette soeur si peu conventionnelle et qui pourtant risque de lui raffler ses prétendants.

La fin du roman n'en est pas une, au contraire, ça ressemble plus au début d'une nouvelle vie. Malgré l'horreur, passée et présente, on a l'impression que les choses vont retomber à la place qui aurait dû être la leur dès le début. Malgré la tristesse et la compassion qu'inspire la vie d'Esme Lennox, je n'ai pu me départir d'un certain espoir en refermant ce livre. Celles qui l'ont lu vont penser que je suis horrible, je le sais, mais c'est comme ça. Je me suis beaucoup attachée à ces deux femmes et j'étais soulagée en même temps qu'elles que le secret ait été percé.

Un magnifique (et court) moment de lecture, qui m'a tenue bien éveillée pendant le retour de Paris à Canton (c'était le but, j'avais un loustique malade à surveiller). Un roman que je ne saurais que trop conseiller à ceux et celles qui ne l'ont pas (encore) lu.