Juge_baoUne fois n'est pas coutume, commençons l'année en parlant de BD. Les histoires du Juge Bao m'avaient été chaudement recommandées par une famille d'amis de Taishan (si elle passe par là, j'espère qu'elle se reconnaîtra). Depuis que nous l'avions à la médiathèque, j'en avais également entendu du bien, sans jamais trop oser l'emprunter, car oui, je l'avoue, la BD est un genre un peu mal aimé car largement mal connu de ma personne. Au point que j'ai encore du mal à m'attarder sur les planches, privilégiant l'histoire à outrance.

Je me suis cependant laissée tenter par ce juge qui me semblait si énigmatique et je ne l'ai pas regretté. J'ai passé une fort agréable soirée en compagnie de personnages qui pour être quelquefois un peu caricaturaux, n'en sont pas moins riches et intéressants.

Installez-vous et partez avec Patrick Marty et Chongrui Nie dans la Chine d'il y a mille ans. L'essor économique et social de l'Empire porte en lui-même le ver de la corruption partout et à tous les niveaux. Nommé par l'Empereur en personne, le Juge Bao sillone le vaste empire pour rétablir la justice, faisant trembler les notables délinquants. Il est accompagné dans ses voyages par Zhan Zhao, son garde du corps, tout de droiture et , pourquoi le nier, de sexytude également, par Gongsun Ce, greffier et légiste à l'occasion, et Bao Xing, son jeune page à qui il enseigne aussi l'investigation criminelle à l'occasion.

Dans ce premier tome, Bao et les siens sont interpellés à l'entrée d'un village par un homme qui souhaite faire part de l'histoire d'une vieille femme mourante. Elle raconte que son fils, promis à une jeune fille depuis sa naissance, est maintenant condamné à mort pour le prétendu meurtre de la servante de cette dernière et le vol de ses bijoux. Or le jeune homme clame son innocence et la jeune fille, dont le père est maintenant devenu l'intendant de la ville est maintenant promise au fils du préfet. A cette plainte s'ajoutent celles des villageois qui relatent des emprisonnements et condamnations injustifiées, suivies d'expropriations de quartiers entiers. Que se passe-donc dans cette ville? Le projet ville nouvelle du préfet serait-il lié à ces agissements? Jusqu'où s'étend cette combine qui exploite le petit peuple et le spolie de ses humbles logis?

Fort de son autorité mais ne disposant encore d'aucune piste, le Juge Bao va mener son enquête parallèlement dans les prisons et auprès de la bonne société de la ville. Le dénouement n'est pas inattendu, mais reste très satisfaisant quand même. Et pose les jalons de ce que sera la prochaine histoire du Juge, son prochain voyage.

Les personnages sont très typiquement chinois. Le juge n'est plus tout jeune, car la telle est la tradition chinoise; aux jeunes la force et la fougue, aux plus âgés la sagesse, qui est aussi le fruit de l'expérience. Par ailleurs, il possède une vigueur qui lui permet de silloner l'Empire, ainsi qu'une fermeté qui ne souffre d'aucune entorse, sans jamais perdre son sang froid, qui d'une certaine façon est le fondement de sa respectabilité.

Les aventures c'est Zhan Zhao qui les vit! Menant l'enquête sur le terrain, le jeune chevalier a une grande maîtrise des arts martiaux et un coeur noble et généreux (il ne m'en faut pas plus, chers amis, je suis conquise).

Quant aux planches, eh bien déjà elles sont en noir et blanc, bien qu'extrêmement détaillées, ce qui donne une certaine idée d'austérité. Le doute n'est pas permis, par certaines évocations architecturales et vestimentaires plus que par les traits des personnages, le dessinateur nous place indubitablement au coeur de la Chine, avec ses dragons, ses magnifiques toitures et ses calligraphies.

A la fin de cette histoire, je n'ai qu'une envie: me procurer le deuxième tome. Et, oh agréable surprise que voici, j'apprends que le numéro 3 vient également de paraître. De quoi passer encore quelques soirées avec le juge et Monsieur Zhan. :)

Patrick Marty et Chongrui Nie, Juge Bao et le phoenix de jade, Les éditions Fei, janvier 2010, 156 p.