ceremoniedhiverQuatrième de couverture: "C'est une fille fière et solitaire, Eden. Personne ne pourrait la priver de sa liberté. Elle tient ça de Violett, sa grand-mère, qui n'avait pas d'autre règle: libre à tout prix. Et la vieille dame l'a payé. Première à manifester poing levé contre un projet d'autoroute sacrilège qui allait défigurer le paysage, entre l'océan et la forêt, elle a été arrêtée, jugée...

Elle est morte à sa sortie de prison. Depuis, Eden fourbit sa vengeance. Car si elle vit au 23è étage d'une tour à Vancouver, elle est toujours une Indienne, et sa tribu était jadis célèbre pour la férocité de ses guerriers. Son arme? Elle tombera du ciel..."

Ce petit roman a été un véritable coup de coeur pour moi. Vancouver enneigée est un écrin royal pour cette jeune indienne qui prépare sa vengeance. Car elle trouve la mort de sa grand-mère cruelle et inutile. C'est par amour et respect pour sa grand-mère qu'Eden projette de la venger. C'est d'ailleurs la grande force de ce tout petit roman: à aucun moment l'auteure ne tombe dans la mièvrerie ni le manichéisme. Il n'y a pas de bons et de mauvais, juste les raisons du coeur. Et pourtant, les sentiments sont présents à chaque instant, on en prend plein la figure, on vit ce roman plus qu'on ne le lit.

La relation d'Eden avec Sky et avec la nature est magnifique. La beauté des paysages et les méfaits des hommes sur leur environnement sont omniprésents. Déjà parce que la mort de Violett n'est que la conséquence de sa volonté de s'opposer à la construction d'une autoroute. Mais pas que: les effets de cette construction se voient aussi à d'autres occasions...

Les personnages de Violett, d'Eden forcent l'admiration. Et la plume d'Elise Fontenaille leur rend vraiment honneur. Ce sont deux rescapées d'une certaine manière. La première a survécu aux "residential schools", ces internats pour enfants indiens où on les dépouillait de leurs racines (pensez donc, "kill the indian in the child" était leur mission, et par leur cruauté, certains ont tué plus que l'indien, apparement). Eden, quant à elle, est née junkie, d'une mère qui est morte peu après sa naissance: sacré bagage. C'est Violett qui l'a élevée, lui transmettant cette dignité qui maintient Eden droite aujourd'hui. Quant à Craig, le flic, il est très attachant et sonne particulièrement vrai. La scène avec son grand-père (jolie symétrie) est d'une magnifique simplicité.

Je n'ai plus qu'à vous dire que cette histoire s'inspire de faits réels. Elise de Fontenaille nous l'offre avec une grande finesse sous la forme d'un petit roman qui se lit d'une traite. Car une fois qu'on l'a commencé, plus moyen de s'arrêter.

Elise Fontenaille, La cérémonie d'hiver, Editions du Rouergue, coll. doAdo Noir, 2010, 89 p.

* C'est Eden qui dit la phrase qui sert de titre à ce billet.