dukeandiJe crois que ma réputation d'amatrice de romances n'est plus à faire, depuis que j'ai plongé avec délices dans les Confréries de la Dague Noire et autres Highlander series dont vous m'avez entendu parler (ou pas, car la chair est faible et je n'ai pas toujours eu le courage de faire ponctuellement les billets de toutes mes lectures). Cette tentation-ci, c'est à Pimpi que je dois d'y avoir succombé, car elle en parlait avec beaucoup d'enthousiasme. Et puis le cadre victorien cohérent et une héroïne qui a de la personnalité sont plus qu'il ne m'en faut pour me donner envie d'embarquer dans ce genre d'aventure.

The Duke and I est le premier tome d'une série qui en compte huit, chacun consacré à un membre de la fratrie Bridgerton, quatre garçons et quatre filles, nommés par leurs parents en ordre alphabétique, dans un souci d'organisation sans doute. Dans ce premier volume, c'est l'histoire de Daphne Bridgerton qui nous est racontée (si vous avez tout suivi, vous savez donc qu'il s'agit du quatrième enfant). Daphne en est à sa troisième saison et n'a toujours pas reçu de proposition de mariage. Et pourtant, c'est une jeune femme belle et accomplie. Qui plus est, elle rêve de se marier et de fonder une famille.

Simon Basset, le jeune et beau duc de Hastings et ancien camarade et ami d'Anthony Bridgerton (le frère aîné de la famille), a fait le voeu de ne jamais se marier. Mais même sa réputation de séducteur invétéré ne suffit pas à le maintenir éloigné des mères qui n'aspirent qu'à "caser" leurs filles avec de bons partis et il le vit comme un cauchemar. Lors d'un des nombreux bals auxquels il se doit d'assister, il rencontre Daphne aux prises avec un admirateur qui supporte mal d'être éconduit. Simon réalise que, parmi les perspectives qui se présentent à lui, Daphne n'est peut-être pas la plus amère et il va lui faire une proposition étonnante. Si elle se laisse courtiser par le duc, d'autres prétendants vont très probablement s'intéresser à elle et elle pourra alors choisir le parti qui lui conviendra le mieux. Pour sa part, Simon espère qu'en affichant ses intentions à l'égard de Daphne, les filles à marier et leurs mères vont lui laisser un peu de répit.

Mais cette mise en scène présente quelques risques, notamment celui de faire oublier aux deux acteurs qu'ils la jouent "pour de faux". Et Daphne va découvrir dans la douleur la raison qui a poussé Simon à se refuser l'amour, le mariage et la paternité. Réussira-t-elle à sauver leur relation?

Oh, la belle romance que voilà, chers lecteurs! Avec beaucoup de talent, Julia Quinn nous offre une histoire pleine de rebondissements, sans situations abracadabrantes, avec des personnages riches et profonds et avec énormément d'humour, au point que d'éclater de rire plusieurs fois au milieu de ma lecture. La famille Bridgerton est extrêmement attachante car ce sont des gens très "vivants" (comme dans toute famille nombreuse qui se respecte, quoi), mais bons et ils sont tous très unis, ce qui nous fait espérer que nous allons au moins entrapercevoir les Bridgertons déjà mariés dans les aventures des suivants. L'histoire du duc de Hastings est très émouvante et on comprend aisément qu'elle l'ait conduit à se condamner à une vie sans amour. En ne voulant pas faire de mal à Daphne en la condamnant à un mariage sans amour avec lui, il la blesse en fait profondément, mais Daphne a aussi un sacré caractère et elle saura trouver le "point d'attaque" pour finalement venir à bout de tous les obstacles. Une jeune fille remarquable, que cette petite Bridgerton, considérée par ses propres frères en-dessous de sa véritable valeur, ce qui a le don d'agacer profondément Simon.

Nous rencontrons aussi dans ce premier roman des personnages qui vont apparaître régulièrement par la suite, telles les filles Featherington et une certaine chroniqueuse de société, une madame Whistledown, dont personne ne connaît l'identité mais dont tout le monde lit le bulletin qui sort trois fois par semaine. Elle dicte la mode et est au courant du moindre petit scandale, n'hésitant jamais à le rendre public en y attachant le nom et prénom des personnes concernées: un vrai fléau, que certains aimeraient bien démasquer mais à la plume duquel tout le monde est pendu.

Comme je le disais au début, il n'en faut pas plus qu'un cadre victorien qui se tienne, etc. Là, on est dans du vrai de vrai: les soirées musicales, les bals et les dîners, les promenades à cheval, tous les événements de la saison londonienne qui permettaient de mettre en valeur les débutantes et les bons partis et de faire les mariages de l'année. On apprécie.

Un des traits les plus remarquables de ce roman ce  sont les dialogues. J'ai intensément profité de tous les échanges entre Daphne et Simon, envolés et pleins d'esprit, comme si j'y étais, notamment au début, riant aux éclats et retenant quelquefois une petite larmichette au coin de l'oeil.

Bref, un plaisir de lecture à ne pas se refuser. Il a même considérablement réduit la longueur de mes nuits pendant quelques jours...

Julia Quinn, The Duke and I (The Bridgertons, book 1), Avon Books, 2000, 371 p.