Et comme cela fait plusieurs jours que je me traîne un rhume épouvantable, qui m'a obligée à sombrer dans la chouchouthérapie la plus sauvage, c'est un de mes auteurs chouchous de tous les temps que je tiens à citer aujourd'hui. Jorge Amado. Qui chanta la vie de Bahia, son peuple, ses femmes et sa cuisine. Et que je relis toujours avec la même délectation.

"La famille du mort -sa respectable fille et son très digne gendre dont la carrière de fonctionnaire était fort prometteuse, la tante Marocas et son frère cadet, commerçant disposant d'un modeste compte en banque- affirme que toute cette histoire n'est que grossière affabulation, invention d'ivrognes invétérés, de gredins en marge de la loi et de la société, de filous qui ne devraient connaître que le paysage des grilles de la prison et non pas la liberté des rues, du port de Bahia, des plages de sable blanc et de la nuit immense... Commettant une injustice, ils attribuent à ces amis de Quinquin toute la responsabilité de l'existence infortunée menée par lui au cours des dernières années, lorsqu'il devint le cauchemar et la honte de la famille, au point que son nom n'était pas prononcé et que ses frasques n'étaient pas commentées en présence des enfants, innocentes créatures pour qui le regretté grand-père Joaquim était mort depuis longtemps, décemment, entouré de l'estime et du respect de tous. Cela nous amène à constater qu'il y eut une première mort, sinon physique du moins morale, quelques années plus tôt. On atteint donc le total de trois, ce qui fait de Quinquin un recordman de la mort, un champion du décès, et nous donne le droit de penser que les événements postérieurs, à partir du constat de décès jusqu'à son plongeon dans la mer, ne furent qu'une farce montée par lui dans l'intention de torturer une fois de plus l'existence de ses proches, et de les dégoûter de la vie en les éclaboussant de honte et en les livrant aux ragots de la rue. Il n'était ni respectable ni décent, malgré le respect que portaient ses partenaires à un joueur dont ils enviaient la chance, à un buveur de tafia jamais rassasié et causeur intarissable.

Je ne sais si ce mystère de la mort (ou des morts successives) de Quinquin-La-Flotte pourra être éclairci. Mais je m'y essayerai, sur son propre conseil, car l'important c'est de tenter, même l'impossible."

Jorge Amado, Les deux morts de Quinquin-La-Flotte, Stock 2008 (pour cette traduction de Georges Boisvert), 154 p.

Tout ça parce que grâce à Chiffonnette,

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