21 avril 2009
C'est encore une histoire de vampires...
Il est des livres dans lesquels on s'embarque sans trop savoir à quoi s'attendre. Tel était ce Riverdream, attrapé au hasard sur l'étagère des nouvelles sorties poche de l'été 2008, après avoir lu les commentaires plus que flatteurs sur l'auteur du Trône de Fer. Je ne vais donc pas vous parler d'une lecture récente (en fait, elle remonte à l'été en question), mais qu'importe, il est des romans qui ne s'oublient pas facilement, tellement ils laissent une trace précise et profonde.
Commençons par le début, donc. En l'an 1857, le capitaine Abner Marsh est aux abois. La quasi-totalité de sa flotte vient d'être détruite au cours de l'hiver et il ne lui reste en tout qu'un seul bateau, pas très rapide. C'est donc avec étonnement qu'il reçoit une proposition de Joshua York, très bel homme aux yeux d'un gris profond et aux coffres remplis d'or. Monsieur York veut faire construire le plus beau des bateaux qui aient jamais navigué sur le Mississippi, mais à une condition, il veut en être le capitaine, libre de mener le bateau à sa guise et de se comporter comme bon lui semblera.
Pas très convaincu au début par tout ce mystère, Marsh n'est pas de taille à laisser filer le rêve d'une vie et accepte le marché. Mais à peine le Rêve de Fevre commence à silloner le fleuve, Abner Marsh entrevoit une route de sang dans son sillage...
Riverdream est d'abord un roman d'ambiance magnifiquement bien réussi! La plume de George RR Martin a cette force d'envelopper son lecteur et de le transporter dans le récit. On vit au rythme du fleuve et de ses bateaux, des plantations, des tensions. Un univers profondément masculin et très complexe, où l'on se glisse sans déplaisir, au contraire. Et au-dessus des heures moites du fleuve, plane cette noirceur profonde, cette trace sanglante et cruelle laissée par Damon Julian et son clan.
Mais pas que... Les personnages aussi font la force du roman. Le Capitaine Marsh tout d'abord, quoique long à la détente, fait preuve d'un courage et d'une loyauté qui forcent l'admiration. Tout ça par attachement à un bateau... et à un homme (enfin, on se comprend) qu'il trouve honnête. Joshua York, lui, incarne magnifiquement le mythe du vampire bon (à mille lieues d'un certain père vampire aux yeux dorés qui pourrait paraître un peu inconsistent si on en venait à comparer), forcé de se soumettre au Maître du Sang, bête assoiffée de sang et de pouvoir. Il n'empêche que le beau Joshua tentera le tout pour le tout afin de trouver une autre solution que celle d'asservir l'espèce humaine. Et le courage de Marsh sera un bon catalyseur. Et comment ne pas parler de Damon Julian, parfait de noirceur de de puissance, complètement dominé par sa nature, au point de nous faire osciller entre pitié et répulsion. Tels sont les héros de notre histoire, denses et entiers, et ils sont captivants, croyez-moi.
Bref, Riverdream est un roman que je ne saurais que trop vous conseiller. La plume de GRR Martin saura vous envoûter, vous berçant dans l'atmosphère fluviale du sud des Etats-Unis, le temps de quelques rebondissements qui ne vous permettront plus de décrocher.
Fashion et Karine l'ont lu également, et ont été conquises à leur tour (sorry les filles, mais déjà vous lire est un exploit ici; vous mettre en lien semble bien au-delà de mes possibilités).
George R. R. Martin, Riverdream, J'ai lu
21 février 2009
Les mystères de la vingt-cinquième heure
Jessica Day vient d'emménager à Bixby, dans l'Oklahoma: nouveau lycée, nouveaux visages, le parcours classique de la nouvelle arrivante. Mais rapidement, elle découvre que Bixby recèle un secret énorme et très dangereux. A minuit, le temps s'arrête, la vie se fige. C'est l'heure bleue, un monde fait de créatures extraordinaires et terrifiantes d'où les humains sont exclus... hormis quelques adolescents, nés exactement à minuit.
L'arrivée de Jessica lève un vent de panique parmi les créatures de la nuit, qui se jettent sur elle comme si elle était l'ennemi à abattre. Ce qui interpelle les autres midnighters, qui la trouvent des plus ordinaires, car elle semble dépourvue de pouvoir particulier. Ce don, qui terrorise les darklings, les midnighters devront le découvrir au péril de leurs vies.
C'est à Karine que je dois cette jolie découverte. J'étais très attirée par cette histoire de temps qui s'arrête et le rythme semblait assez relevé. Aussi me suis-je procuré le premier tome dans l'idée de voir ce que ça donnait. Et j'ai vraiment bien fait, croyez-moi! Scott Westerfeld crée des mondes très particuliers, tout en nous donnant l'impression que cela pourrait se passer à côté de chez vous. Cette vraisemblance, cette façon de construire les personnages qui les rend uniques tout en restant des adolescents ordinaires donne toute sa force au récit. Les rebondissements sont nombreux, il y a du suspense, bref, on ne s'ennuie pas, et les pages tournent au détriment des heures de sommeil.
Les questionnements y sont beaucoup moins profonds que dans la série d'Uglies et le récit est plus centré sur l'histoire particulière des jeunes et leurs aventures, chacun détenteur d'un talent très particulier. Les personnages sont eux-mêmes assez intéressants: un peu tendance gothiques marginaux mais réellement doués. Leurs relations sont complexes et on est loin du "un pour tous...". Mais c'est ensemble qu'ils devront affronter les défis qui vont se présenter.

Une fois le talent de Jessica découvert, à la fin du premier volume, la paix semble être revenue dans l'heure bleue. Les darklings la craignent trop pour l'affronter et elle peut enfin découvrir et profiter de ce moment particulier. Un soir, cependant, elle découvre un jeune homme, figé devant sa fenêtre, un appareil photo à la main... Alors que les midnighters croyaient évoluer dans le secret le plus absolu, voilà que leur existence est connue! En essayant de percer à jour ce mystère, ils vont découvrir des événements atroces qui ont eu lieu cinquante ans auparavant à Bixby, impliquant autant les diurnes que les midnighters... et même les darklings! Ils s'aperçoivent par la même occasion que l'un d'entre eux est en grand danger et vont devoir déjouer cette machination avec leurs seuls talents.
Ce deuxième volume est encore plus enlevé que le premier; le lecteur a à peine le temps de dire ouf!, que nous voilà déjà entourés par un mystère épais et prêts à suivre les midnighters dans leur aventure. Le fait de sortir de l'anonymat rend certes les jeunes vulnérables, mais leur permet de découvrir une alliée de taille (bien que mystérieuse), qui leur offrira une connexion avec les midnighters qui habitaient Bixby jusqu'il y a une cinquantaine d'années et qui ont, depuis, tous disparu. Westerfeld développe beaucoup le sujet des capacités des midnighters, et des relations qu'elles induisent entre eux, évoluant toujours avec une grande cohérence. Nous découvrons aussi un peu de leur passé, qui vient expliquer et compléter l'histoire, nous donnant d'autant plus de clés sur les personnages.
Enfin, et ce n'est qu'un détail (mais mon coeur de midinette ne peut y être insensible), certaines relations viennent à se développer ou à évoluer, pour le plus grand plaisir du lecteur, et l'auteur nous régale avec quelques pépites de tendresse.
La fin de ce deuxième volet est haletante, mais on sent encore ce goût de menace qui plane. Ce n'est pas fini et on a hâte d'ouvrir Blue noon.
Un autre mystère de l'heure bleue a été percé, un midnighter a été sauvé in extremis (quoique... il se comporte bien bizarrement, ces derniers temps). Les midnighters vivent sous une ère un peu différente où ils vont pouvoir développer leurs talents dans toute leur étendue. Mais voilà qu'un jour, l'heure bleue arrive soudainement, en pleine journée. Plus angoissant encore, Melissa sent que cela provoque une explosion de joie chez les darklings. Qu'est-ce que cela veut dire? Et si, soudainement, le monde basculait définitivement dans l'heure bleue?
Les midnighters ne seront pas trop de cinq pour trouver ce qui trouble le temps bleu et essayer d'éviter l'énorme bouleversement qui se prépare. Les conséquences seront douloureuses pour le groupe, qui sera amené à faire des choix parfois déchirants. Le personnage de Rex devient très intéressant, qui mène une lutte interne pour sauvegarder son humanité. Des questionnements sont enfin posés, mais ce n'est définitivement pas ce qui intéresse le plus Westerfeld (du moins, pas dans la même mesure que dans Uglies): surtout des questions relatives à la manipulation des gens, même si l'on croit agir dans leur propre intérêt.
Et comme Karine, certaines choses à la fin m'ont rendu un peu triste; décidément, Westerfeld aime bien provoquer des petits serrements de coeur chez ses lecteurs.
En conclusion, une bonne série, très enlevée, qui ne vous fera pas augmenter vos heures de sommeil et que je vous recommande vivement. Si vous voulez accéder aux billets de Karine, c'est ici, ici et ici.
Scott Westerfeld, Midnighters, t.1: L'heure secrète, Pocket jeunesse, t.2: Touching darkness et t.3: Blue noon, HarperCollins.
13 octobre 2008
Haunted
Billet sans spoilers...
Même morte depuis trois ans, Eve Levine (la mère de Savannah) continue de ne suivre que ses propres règles. Intrépide et toujours avide de connaissances, ça ne lui ressemble pas de s'arrêter devant un interdit. Seulement, Eve tient toujours parole et quelques mois auparavant, elle a fait une promesse qu'elle est maintenant obligée d'honorer.
Car figurez-vous que dans l'univers de Kelley Armstrong il existe un monde après la vie (normal, puisque ça ouvre une porte à toute sorte de manifestations faisant intervenir les morts). Bien évidemment, les créatures surnaturelles se retrouvent dans un monde à l'écart des morts humains. Et en plus, pas tous dans les mêmes endroits, c'est passablement complexe comme organisation.
Pour en revenir à notre sujet, une créature très maléfique s'est échappée de ce monde des morts et depuis plusieurs siècles sème la mort, en encourageant de potentiels assassins (de vrais humains ceux-la!) à passer à l'acte. Plusieurs émissaires ont déjà échoué à la tâche de la ramener, car la créature est futée et très puissante. Aussi, dès qu'elle sent Eve à ses trousses, elle tente de s'attaquer à ce qu'elle a de plus précieux: Paige, Lucas et Savannah. Et son plan est atroce, qui obligera Eve à faire des choix définitifs et très douloureux.
Dans ce cinquième tome, c'est donc Eve qui raconte sa quête et son monde, qui est extrêmement complexe et ne manque pas d'intérêt. Son personnage est très attachant car elle est à la fois tenace et malicieuse, et ne fait pas de manières lorsqu'elle a quelque chose à dire. Tout le monde en fait les frais (elle y compris parfois). Et c'est avec ce pragmatisme qu'elle aborde la relation avec son compagnon. Du coup, elle nous fait passer par tous les stades, du rire à la gorge serrée. On a plusieurs fois l'occasion de trembler pour elle, et même des fois on aurait envie de la secouer un peu. La tournure que prend sa vie à la fin est assez inattendue et m'a pas mal émue: Eve mûrit au fur et à mesure que sa quête se poursuit, elle prend du recul et trouve l'occasion de réfléchir à sa nouvelle condition.
L'intrigue contient quelques lenteurs, même si le rythme est assez enlevé. Les querelles entre les anges ne sont par exemple, à mon sens, pas d'un grand intérêt. Idem pour l'épisode chez les pirates, pittoresque certes mais, on serait presque tenté de le lire en diagonale, car ça ralentit inutilement le lecteur déjà bien impatient. Par contre, les rencontres avec les démons sont intéressantes et on est content de faire leur connaissance (hé, hé, ils ne sont pas commodes, c'est le moins qu'on puisse dire).
Cependant, la force de Kelley Armstrong est de poser certaines questions fort pertinentes au long de ses romans. Car Eve est encore incapable d'accepter la rupture du lien qui la rattachait à Savannah de son vivant et de ce fait se prive de la possibilité d'avoir une véritable vie après la mort. L'homme de sa vie l'attend, pourtant, car ils ont la chance d'être arrivés au même endroit après leur mort (vous remarquerez que je ne dis même pas son nom, pour ne pas spoiler, hé, hé).Et bien que lui aussi se sente impuissant face à l'évolution de ses êtres chers, il a su faire le deuil de cette partie de lui-même.
Et comme dans Capture, les humains sont présentés comme des créatures redoutables de méchanceté et de malfaisance, dès que l'occasion se présente à eux.
Un autre point positif, on rencontre une nouvelle fois Jaime Vegas, la nécromancienne, indispensable dans les relations entre les deux mondes. Ce personnage m'est décidément fort sympathique. Par contre, point d'Adam, ou presque (avis aux amatrices).
Haunted est le cinquième livre de la série Women of the Otherworld. Vous trouverez les autres billets sur l'index des auteurs.
10 octobre 2008
D'ombre et de sensualité...
Aujourd'hui, je vais vous parler d'une belle rencontre, une rencontre plutôt inattendue, puisque ce recueil de nouvelles est tombé dans mes mains par hasard, sans que je l'aie choisi.
Pour tout vous dire, il m'a fallu du temps pour me décider à entrer dans Notre Dame aux Ecailles. Les premières lignes que j'ai lues, dès que je l'ai eu en main, m'ont fait l'effet d'une menace. Celle d'être prise au piège de ses univers à la fois oppressants et fascinants. Aussi en toute lâcheté l'ai-je mis de côté, sans jamais cesser de sentir son appel.
Mais l'on ne peut pas fuir indéfiniment les confrontations, surtout celles qui nous attirent autant qu'elles nous effrayent.
Les univers créés par Mélanie Fazi sont à la fois beaux et glaçants, réels mais toujours prêts à basculer, d'une complexité nourrie d'attente et d'anticipation. Pleins de sensualité, pour certains: une sensualité à la fois subtile et brutale. Le besoin de libération est omniprésent dans chaque nouvelle, bien que l'oppresseur ne soit jamais le même: la ville, la mort, la mer et la loi du silence, la maladie, sa propre peau, sa peur...
Venise sert de décor à la première nouvelle, La cité travestie. Elle en est aussi le tortionnaire, poursuivant l'étranger qui a osé vendre ses secrets et qui doit maintenant en payer le prix, sans savoir si un jour elle sera satisfaite.
Langage de la peau et La danse au bord du fleuve sont deux nouvelles qui vous abasourdissent par leur sensualité. Dans la première, le mythe du loup-garou est revisité du point de vue de la dualité face au désir et à la sexualité: selon que l'on prend forme lupine ou humaine, l'assouvissement du désir, la conscience, le tabou, la part de l'humain et celle du loup. Pour un peu, on se croirait perdu dans une scène de Morsure (est-il besoin de rappeler que Mélanie Fazi en est la traductrice et ça ne m'étonnerait guère qu'elle s'en soit inspirée), sauf que là c'est encore plus chaud. Et que dire de l'histoire de la femme qui prend le fleuve comme amant, qui en modèle les gouttelettes jusqu'à en faire surgir l'homme, tel un "arbre immuable dont les racines plongeaient au coeur de la terre", empli d'une assurance tranquille et profonde mais absolue (rien que de me relire j'en ai des sueurs froides). Le lecteur est suspendu entre désir et répulsion, au diapason de l'héroïne: la tension en est presque insoutenable.
Dans cette danse de couples extraordinaires, on se laisserait presque surprendre par la normalité de Valentin et sa compagne dans Noces d'écume. Mais ce récit baigne dans l'atmosphère lourde qui pèse sur les villages de pêcheurs, avec leurs croyances et leurs non-dits. La narratrice est l'étrangère qui, pour sauver son homme du mal qui l'envahit, tente de comprendre, de percer la loi du silence qui écrase le village alors que la mer elle même leur crie son terrible secret à la figure.
Bref, j'ai vécu ces histoires, j'en ai rêvé la nuit, j'y ai pensé le jour et encore longtemps après. On aime, on est touché et on referme le livre avec regret (déjà?) quoique non sans une pointe de soulagement.
Ce livre faisait partie du lot que j'ai reçu à Books and the city.
Mélanie Fazi, Notre Dame aux écailles, Braguelonne.
27 septembre 2008
Meurtres dans les Cabales
Un effroyable tueur en série s'en prend aux enfants des employés des Cabales de sorciers. Malgré leur réticence à se mêler à cette mafia à laquelle ils sont pourtant intimement liés, Paige Winterbourne et Lucas Cortez vont se lancer à sa recherche, dans une aventure palpitante.
Encore une fois, Kelley Armstrong nous surprend par la construction de son monde surnaturel, qui trouve parfaitement sa place dans la réalité. Dans le monde des sorciers, ce sont les Cabales qui détiennent le pouvoir. Et quasiment sans spoiler, je peux vous dire que parmi ces Cabales, la plus puissante est la Cabale des Cortez, (le nom vous dit quelque chose? pas étonnant!). En fait, il s'agit de quatre immenses holdings, dirigées chacune par une famille, dans la plus pure tradition mafieuse: celui qui possède le pouvoir et l'argent impose ses propres règles. En même temps, les relations entre Cabales sont extrêmement codifiées et régies par la rivalité, ce qui n'est pas pour faciliter la tâche de nos deux héros.
L'intrigue est très bien menée, et il n'y a quasiment pas de lenteurs. A peine a-t-on le livre en main, qu'on a déjà du mal à le poser. D'autant plus qu'on retrouve avec plaisir le style de Paige, la narratrice, personnage que je trouve presque plus attachant que celui d'Elena. Si dans Capture, on fait connaissance avec une Paige tellement idéaliste qu'elle en est puérile, sa rencontre avec Lucas et particulièrement cette aventure vont la faire grandir et le personnage se complexifie de façon fort plaisante, embrassant certains questionnements sur la pertinence de ne vouloir que le bien à tout prix, de ne jamais transgresser les règles, même si il n'existe pas d'autre choix et si le résultat est un plus grand bien.
On retrouve aussi les personnages présents dans les autres aventures, Elena et les Danvers, Cassandra, Adam. On rencontre la sulfureuse Jamie Vegas, célèbre nécromancienne qui sera la narratrice de No humans involved, plusieurs tomes plus tard.
Et puis une certaine dose de dérision des tendances gothiques contemporaines qui ne sont pas pour déplaire au lecteur. C'est tellement gros qu'on sourit du début à la fin de la visite de la maison de Hans. C'est comme ça dans le monde de Kelley Armstrong: une intrigue enlevée, un univers très cohérent et bien travaillé, une dose suffisante d'humour, sans oublier ces amoureux qui nous marquent: Clay et Elena, Paige et Lucas... mais je n'en dis pas plus.
Je ne vais pas dire que je n'ai q'une envie: de lire le 5, car en fait, j'en suis au début du 7. Mais bon, si je lis à ce rythme, vous vous doutez bien que j'ai moins de temps pour en écrire les billets. ;-)
Industrial Magic est le quatrième livre de la série Women of the Otherworld.
20 septembre 2008
De comment je rencontrai Lucas Cortez

Attention aux quelques spoilers de Capture dans ce billet...
C'est intolérable, mes amis! Depuis quelques jours, je subis une pression croissante de la part d' un certain duo de blogueuses, sous prétexte que j'ai continué ma lecture de la série Otherworld de Kelley Armstrong et que je ne vous en ai point parlé en ce lieu.
Si seulement elles savaient la hauteur qu'atteint la pile de livres lus pendant les vacances et dont je n'ai pas encore eu le courage de poster les billets! (sachez que je ne me décourage pas, enfin pas encore)
Mais bon, voilà, il se trouve que les filles en question sont par ailleurs des personnes fort sympathiques (je peux le dire, je les ai rencontrées lors de ce so glamourous événement parisien du début de l'été), qu'elles échangent régulièrement avec moi, par ici ou par chez elles, qu'elles vont jusqu'à me prêter des livres à l'occasion... Ça leur donne droit à une fleur, vous ne pensez pas?
Si, dans Capture, nous avions fait connaissance avec toutes sortes de créatures surnaturelles, vous vous doutiez que ce n'était que trop voulu de la part de l'auteure. Après deux épisodes racontés tambour battant par Elena Michaels, seule femme loup-garou au monde, Kelley Armstrong nous plonge dans le monde de la magie, c'est à dire des sorcières et des mages. Et croyez-moi, la distinction entre les deux espèces est bien de mise. En effet, si l'on remonte à certains épisodes obscurs de l'Histoire, il apparaît que les sorcières (qui auraient appris la magie aux mages) ont non seulement été trahies par ces derniers, mais qui plus est, livrées en pâture à l'Inquisition. Aujourd'hui, donc, sorcières et mages forment deux communautés vivant dans le déni et le mépris mutuels: absolument réjouissant, mais je m'égare.
Après l'anéantissement de l'abject projet relaté dans Capture, la jeune sorcière Paige Winterbourne se retrouve à la tête du Convent des sorcières d'Amérique, censé regrouper l'élite des sorcières. Plus important encore, avant de mourir, sa mère lui demande de s'occuper de la jeune Savannah, sorcière adolescente et dotée d'immenses pouvoirs, dont la mère était morte en captivité. Mais d'autres créatures sont prêtes à tout pour faire main basse sur celle qui pourrait se révéler une recrue plus que prometteuse.
Leah O'Donnell, la semi-démone rencontrée elle aussi dans l'aventure précédente, va trouver le père de Savannah, héritier d'une puissante Cabale de sorciers. La vie de Paige va rapidement basculer dans le cauchemar, comme si déjà ce n'était pas assez difficile de gérer la crise d'adolescence de la personne dont vous vous occupez et dont vous n'êtes l'aînée que de dix ans. Elle devra affronter la perfidie de Leah, qui ne recule devant rien pour la pousser à bout (même de lui faire endosser la responsabilité d'un meurtre), la puissance de la Cabale des Nast, qui dispose de moyens quasi-infinis et, plus douloureux encore, du revirement du Convent.
Dans ce naufrage quasi total, Paige trouvera de l'aide auprès du personnage le plus inattendu qui soit: le très séduisant Lucas Cortez. Sorcier de son état, avocat de profession, qui plus est héritier de la plus puissante des Cabales (ce qui lui vaudra quelques déconvenues avec notre jeune héroïne), il est une espèce de chevalier servant du surnaturel, avec tout ce que ce type de personnage peut avoir d'attachant. Il saura convaincre (non sans mal) Paige d'accepter son aide, instaurant une belle complicité, et trouvant également une place dans le coeur de Savannah.
Le rythme enlevé malgré quelques lenteurs ici ou là, le ton de la narratrice, honnête, proche du lecteur et non dépourvu d'humour, certains rebondissements intéressants et quelques galipettes (même si elles n'égalent pas ce à quoi Clayton nous avait habituées) en font un livre qu'on dévore et, une fois la dernière page fermée, on a hâte de retrouver Paige et Lucas dans Industrial Magic.
Alors, les filles, ça vous va? ;-)
PS: D'après Stéphanie, la traduction française devrait sortir d'ici très peu, chez Braguelonne.
PS 2: Kelley Armstrong à un site internet (en anglais) où vous pouvez trouver quelques infos et plusieurs textes courts qui complètent la série (de qualité inégale, certes, mais certains so cute).
PS 3: Dime Store Magic est le troisième livre de la série Women of the Otherworld.
02 septembre 2008
Privée de sommeil par Cassandra
Avouons-le sans honte: pas beaucoup d'heures de sommeil au compteur, cette nuit. Et pourtant, je m'étais promis de me coucher tôt pour assurer ce matin pour la rentrée, mais rien n'y a fait: une fois que l'action a démarré, je n'ai plus pu laisser tomber Le Cercle du Phénix.
Londres, 1860: Cassandra Jamiston reçoit une énigmatique lettre d'un homme qu'elle a connu, accompagnée d'un objet alchimique dont elle soupçonne l'importance. C'est le point de départ d'une quête qui va les mener, elle et quelques proches, à la recherche de la pierre philosophale. Mais le parcours est semé de dangers: le Cercle du Phénix, puissante organisation secrète court après le même objectif, ne reculant devant aucune difficulté.
C'est un roman captivant que nous offre Carolyn Grey. J'ai été d'abord intéressée, puis franchement émue: certains rebondissements m'ont donné des larmes aux yeux. Elle intègre avec brio tout l'univers de l'alchimie et une bonne dose de fantastique, l'air de rien, dans une société anglaise parfaitement réaliste. On sent cette Angleterre victorienne présente en fond de toile, même si justement, les personnages du roman se distinguent par une certaine liberté de pensée.
En outre, la galerie des personnages est extrêmement intéressante. Ces hommes et ces femmes à la fois déterminés et pleins d'incertitudes, certains d'une grande noblesse, d'autres profondément passionnés, d'autres encore pourris jusqu'au fond de leur âme ou franchement énigmatiques. L'auteure réussit le tour de force de nous rendre certains personnages aimables, malgré la noirceur de leurs agissements: c'est plus que de la compassion, c'est de la sympathie. Et puis, il faut bien le dire, quels hommes! La midinette que vous connaissez en moi ayant toujours un faible pour les héros nobles de coeur ne pouvait faire l'impasse sur Julian (ah...) et Andrew.
Et puis le livre se termine par une nouvelle ouverture. Elle nous montre que, déjà, les choses commencent à se compliquer à nouveau, alors qu'elles venaient à peine d'atteindre un équilibre. La plupart des personnages devront faire face à de lourds défis, conséquence directe de leurs choix dans ce premier épisode. Nous restons donc suspendus à la bonne volonté de Carolyn Grey de nous écrire vite une suite à ce très bon roman.
Les avis de Fashion, Karine, Emeraude, Chiffonnette, Stéphanie et Yueyin. Et puis le blog de Carolyn Grey elle même, que j'eus l'immense plaisir de rencontrer le 5 juillet passé à une très glamourous manifestation kulturelle parisienne.
29 août 2008
Du dur métier d'épouvanteur
Encore une addiction que je dois à Fashion (décidément...). Vu que je nage en pleine période fantasy, a peine avais-je lu ses billets, que le premier tome me tombait dans les mains et, de là, directement dans mon SLAT de vacances.
Thomas Ward est le septième fils d'un septième fils. A l'instar de ses frères aînés, il doit partir en apprentissage loin du domaine familial, destiné au seul fils aîné. Ce n'est pourtant pas n'importe quel apprentissage auquel sa mère le destine. Thomas devra étudier cinq années aux côtés de John Gregory, l'épouvanteur du Comté, personnage rude et solitaire qui protège les hommes contre les forces obscures à l'oeuvre sur la terre. Dur métier que d'être épouvanteur: les gens qui font appel à lui sont les mêmes qui le fuient comme s'il était aussi dangereux que le mal qu'il combat. C'est donc un métier de solitude, d'austérité, de combats, de constante mise à l'épreuve, et bien évidemment, de grand danger.
Lors de ses premières semaines auprès de M. Gregory, il rencontre une jeune sorcière, Alice, qui le mènera à comettre l'erreur monumentale de libérer la pire des sorcières, la mère Malkin, qu'il lui faudra ensuite affronter seul. Fait prisonnier par Lizzie l'Osseuse, vieille tante d'Alice, et promis à une mort atroce, il sera sauvé in extremis par la jeune sorcière dont on devine le potentiel pour les tomes suivants.
J'avoue qu'à la lecture des premières pages, j'ai trouvé le rythme un peu mou, et je me préparais à doucement rire. Cependant, le récit gagne très vite en vitesse et en efficacité, et le monde construit par Delaney en devient presque tangible et présent, comme si on y était: une espèce d'Angleterre sans âge, rurale, médiévale par certains traits, en proie aux malfaisances de toutes sortes de créatures obscures, en un mot passionnante, avouons-le. Le récit lui-même est plein de rebondissements, que le narrateur nous laisse quelque peu anticiper, instaurant un climat de suspense et d'attente.
Les personnages sont complexes et très intéressants. Gregory, bien sûr, secret, discret, rude quelquefois, même si on devine qu'il est très attentif à son apprenti. Il se consacre à son métier comme l'on se consacre à une vocation. Mais on le soupçonne aussi de cacher quelques secrets, d'avoir commis des erreurs, d'être très humain, en somme, contrairement aux créatures qui font son quotidien.
La mère de Tom est également un personnage qui force l'attention. On la devine dotée de grands pouvoirs, sans savoir exactement lesquels. C'est elle qui achemine Tom dans la voie de la lutte contre l'obscur, elle garde des secrets qui seront essentiels dans les épisodes suivants. Mais qu'est-elle en réalité?
Et puis on ne peut pas omettre Alice, issue d'une famille de sorcières. Elle éveille chez Tom un attachement qu'il ne peut pas s'expliquer (ou alors si? ;-)). Elle se tient toujours à la limite du bien et du mal, qu'elle franchit occasionnellement du bout du pied, et on se demande en permanence de quel côté elle finira par pencher. John Gregory ne lui accorde aucune confiance, contrairement à Tom.
Une histoire très prenante, profondement humaine malgré le monde dans lequel elle prend place, qui nous laisse dans l'impatience de connaître la suite.
Les avis enthousiastes de Fashion, Clarabel et Yueyin.
30 juin 2008
Capture
A peine remises de nos émotions après la lecture palpitante de Morsure, voici Elena et la Meute plongés une nouvelle fois dans une situation inextricable.
Les créatures surnaturelles sont en danger. Certains des leurs se font kidnapper par un groupe de chercheurs sans qu'on sache au juste ce que sont leurs motivations. Elena se fait kidnapper à son tour et sera enfermée dans un laboratoire ultramoderne et sécurisé...
Ce deuxième volet est tout aussi passionant que le premier, bien que l'intrigue soit différente. A la fin de Morsure, Elena comprend qu'elle ne peut plus vivre dans le déni: ni de sa condition, ni de sa passion pour Clay. C'est d'ailleurs parce qu'elle est la seule femme loup-garou qu'elle est aussi recherchée.
Elle se rendra vite compte que les forces en présence sont puissantes et qu'un certain nombre de créatures surnaturelles ont pris position dans le camp adverse. Rien n'est jamais tranché chez Kelley Armstrong, chaque personnage a le choix de ses actes. Ce qui rend la menace d'autant plus forte, car on découvre bien vite que les "méchants" n'ont pas tous les mêmes motivations (d'ailleurs, c'est à se demander si eux mêmes sont allés au bout des leurs, ce sera là leur seule faiblesse, mais elle sera fatale). La palme de la bassesse, revient cependant toujours à l'être humain: cupide, inconscient, lâche, violent et déraisonnable sont les moindres des qualificatifs qui lui correspondent.
Un autre aspect fort intéressant est que l'auteure nous présente les personnages que l'on va rencontrer dans les volumes suivants, car oui, toutes les histoires ne sont pas centrées sur la belle Elena: vampires (mais après Stephenie Meyer force est de constater que ceux-ci manquent un peu de profondeur), mages et sorcières (là ça promet quelques rebondissements), et les personnages qui m'ont le plus impressionnée, les semi-démons que j'ai trouvés fort "sympathiques".
Clayton est encore très présent (pour notre plus grand émoi), car même lorsqu'ils sont séparés, il nous est restitué par les pensées d'Helena.
Bref, mon coeur a encore battu la chamade pendant les 472 pages de ce volume et j'attends avec impatience l'arrivée de la traduction du troisième.
C'est à cause de grâce à Stéphanie et de ses promesses de guérison post Meyer que j'ai succombé au charme de Clayton. Son avis sur ce deuxième volet est par ici.
17 juin 2008
Morsure

Elena semble filer le parfait amour avec Philip à Toronto: un travail, un homme aimant, des projets d'avenir. Bref, une "normalité" dans laquelle elle essaye de se couler, pour échapper autant à son passé qu'à sa condition de loup-garou (dont Philip ignore tout, évidemment). Cela fait dix ans, en effet, qu'elle a été mordue et reste à ce jour la seule femme loup-garou, car le gène ne se transmet que de père en fils et il est rare que les humains survivent à la morsure. Dix ans aussi qu'elle refuse d'avoir perdu le contrôle de sa vie et qu'elle tente de le reprendre coûte que coûte, s'éloignant finalement de la Meute pour tenter de mener une vie totalement humaine.
Mais lorsque la Meute est en danger, elle ne peut refuser de la rejoindre. Elle retourne donc dans l'état de New York qu'elle avait fui plus d'un an auparavant, pour les aider à affronter un groupe organisé et très dangereux de cabots, loups-garous généralement solitaires et qui contrairement à la Meute, chassent les humains. Les motivations des cabots et leur organisation leur échappent au début, et la Meute se retrouve dangereusement vulnérable...
Je me suis plongée dans ce pavé tentée par les billets très enthousiastes de Fashion et de Stéphanie, qui nous promettait même une guérison immédiate de l'Edward-mania dès qu'on aurait rencontré Clayton. Et je dois dire qu'il a tenu toutes ces promesses. J'ai été entraînée dans les aventures de la Meute, j'ai savouré chaque moment passé entre les pages de ce livre (ça n'a pas duré longtemps, d'ailleurs, vu que je n'arrivais pas à le lâcher), j'ai effectivement rendu les armes devant Clayton, "amant démon" selon les propres paroles d'Elena, dont chaque apparition accélérait brutalement les battements de mon coeur.
Les membres de la Meute sont tous extrêmement attachants, certainement car c'est au travers des yeux d'Elena qu'on les découvre. On retrouve toujours cette ambivalence qui lui a fait fuir son clan et renier tous ses liens, alors qu'elle y est profondément attachée, qu'elle éprouve au moins de la sympathie et le plus souvent des sentiments très profonds pour les membres de la Meute. Jeremy, le chef de meute est nimbé d'une autorité naturelle qui va au-delà de son pouvoir bien réel de se faire obéir sans discuter. Très rigide mais protecteur, attentionné, à la fois un certain idéal d'humanité et une image paternelle très forte.
Clayton est celui qui a fait basculer la vie d'Elena, plus de dix ans auparavant et encore aujourd'hui, elle ne le lui pardonne pas. Lui aussi a été mordu dans son enfance, mais à la différence d'Elena, il accepte pleinement sa nature et la violence qui fait partie de sa condition. La passion qui les unit est absolue et dévorante, destructrice aussi. Elena ne veut pas s'y abandonner, mais n'y peut rien: elle l'a dans la peau (et on la comprend, pardi!).
L'auteur nous fait complètement entrer dans l'univers des loup-garous et particulièrement dans l'atmosphère de la Meute. On se retrouve loin des clichés: la psychologie du loup-garou et son organisation ne sont pas changeantes selon sa forme. Il reste un, entier, responsable en toute circonstance. Lorsque il prend la forme du loup, il lui reste sa volonté et sa conscience, ses sentiments; lorsqu'il est humain, il garde les gestes, l'organisation sociale, l'instinct, pour dire le moins. Par ailleurs, le loup-garou est loin d'être invulnérable: en dehors de sa force animale, point de magie pour le détruire.
Bref, encore un coup de coeur qui vous tiendra en haleine jusqu' à la dernière page.




