From China with love

Nos nouvelles aventures à Taishan

04 novembre 2009

Passage du gué

passagedugueCela fait un peu plus d'un an que Passage du gué dormait sur ma PAL. Depuis Saint-Etienne, l'année dernière, en fait. Depuis, j'avais lu Accès direct à la plage; c'était si près du grand départ, que je n'ai même pas eu le loisir d'en faire un billet. Mais j'avais aimé. Beaucoup. Et il était hors de question que celui-ci attende mon retour pour être lu, alors il a fait le grand saut avec moi. Et quelle meilleure occasion pour en profiter que l'invitation de Bladelor à me joindre à la lecture commune avec Ys.

Mais venons-en au roman.

Milieu des années 2000. Fred, la quarantaine, fait les soldes avec ses enfants, lorsqu'au détour d'un rayon, il les aperçoit. Myriam, Thomas, leurs enfants. Une émotion trop vive. Un débordement qui emplit ses yeux, qui paralyse son coeur. Et un saut vertigineux vingt ans en arrière. Une revisite de cette année passée auprès d'eux, le temps de les aider à traverser un de ces cataclysmes qui anéantissent. Le temps de les aider à passer le gué... et de s'effacer.

J'ai été soufflée par l'écriture de Jean-Philippe Blondel, autant le dire tout de suite. Encore plus que dans Accès direct à la plage. Cette façon de poser des mots délicatement sur des sentiments si ravageurs, comme un joueur de Mikado défaisant patiemment l'amas de baguettes qui ne semble offrir aucune possibilité. Ce calme, cette simplicité qui pourrait ressembler à de la platitude mais qui n'en est pas. Cette beauté de l'écriture, tout simplement, qui permet de continuer malgré le maëlstrom de sentiments que j'ai parfois ressenti, juste parce que c'est beau, juste parce que c'est touchant. Cela ne tombe jamais dans le mélo et c'est d'autant plus efficace. La narration en trio, si elle ralentit parfois un peu le roman, nous permet d'entrer d'autant plus profondément dans le ressenti des protagonistes.

Quant aux personnages eux-mêmes, j'avoue que c'est surtout avec Myriam que j'ai eu du mal. Je n'ai pas été tout à fait capable d'entrer dans sa tête. Elle m'a quelquefois irritée , même si je n'ai pu que compatir (quelque part, on est forcé de compatir, et c'en est peut-être encore plus irritant, non?). En revanche, Thomas et Fred m'ont profondement émue. Voisinage improbable de la nonchalance et de la détermination, du calme tranquille de Fred et de la volonté de réussir de Thomas. Et caché sous cette carapace, un trésor d'humanité, de bonté, de fragilité, qui me les a rendus proches, si proches...

Je n'en dirai pas plus, pour ne pas vous dévoiler l'histoire. Jean-Philippe Blondel nous offre un très beau roman, Un roman qui bouscule, qui émeut, mais qui guérit aussi d'une certaine manière et je l'en remercie. Un roman que je vous conseille de lire, vous aussi.

Ce roman a été lu dans le cadre des lectures communes, avec Bladelor et Ys (qui a beaucoup moins accroché). Aifelle, Florinette et bien d'autres l'ont lu aussi.

Jean-Philippe Blondel, Passage du gué, Pocket.

PS: Désolée Bladelor pour le manque de lien, mais je n'ai pas accès à ton blog depuis plus d'une semaine.

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15 octobre 2009

Le sumo qui ne pouvait pas grossir

sumoA quinze ans, Jun est parti loin de sa mère et survit à Tokyo comme vendeur à la sauvette. Malgré sa rage rentrée et son désespoir, qui lui donnent l'air d'un oiseau déplumé, il est abordé quotidiennement par Shomintsu, un vieillard qui dit voir un gros en lui.

Cette rencontre l'amènera à commencer la pratique du sumo auprès de maître Shomintsu. Sur le chemin de l'apprentissage, Jun finira-t-il par retrouver la sérénité et l'envie de vivre?

Ça faisait longtemps que je n'avais pas lu de roman d'Eric-Emmanuel Schmitt. L'histoire n'est pas bien compliquée, c'est un roman de parcours, un cheminement qui mène Jun de la précarité dans laquelle se trouve son âme à l'équilibre, la vidant de sa violence pour que peu à peu puisse y rentrer l'espoir.

Le style est sobre mais touchant; l'idée des lettres de la mère est émouvante, bien qu'elle puisse paraître peu vraisemblable. Mais on est tenté de se laisser emporter par ses émotions, car les personnages sont attachants: ils ne manquent pas d'humanité ni de profondeur. C'est plutôt l'histoire qui en manquerait un peu.

Bref, un récit touchant, très agréable à lire, mais qui ne laissera cependant pas une trace indélébile dans la mémoire. Une lecture plaisir à ne pas bouder.

Eric-Emmanuel Schmitt, Le sumo qui ne pouvait pas grossir, Albin-Michel.

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13 août 2009

Mais quand, et où, commence une famille?

linaper_uDans la famille Bérynx, je demande la belle-fille, Sabine, courant éperdue sur les quais une veille de Noël. Qu'est-ce qui la fait hoqueter de la sorte, et quelle est cette petite chose fagotée qu'elle serre contre son sein? Un homme s'approche, Père Noël de pacotille en pleine pause-cigarette, tendu, presque affolé: "Ne riez pas..."

On rit peu, en effet, à la lecture du roman de Sylvie Germain; par contre, on savoure ce mouvement lent avec lequel elle dénoue les écheveaux entremêlés de l'histoire familiale, croquant chaque membre posément, avec ce que chacun comporte de déchirures, de secrets, les laissant interagir pour mieux nous atteindre et même parfois (souvent) nous émouvoir.

Dans ce jeu de famille(s) déjà bien compliqué viendra s'ajouter Pierre, ce Père Noël d'un soir, porteur à la fois de lumière et de mystère, d'équilibre et de discorde, de confiance et de suspicion. C'est lui qui amorce cette dymamique douce mais implacable qui continuera même après sa disparition, lorsque lui aussi s'en ira trouver l'harmonie avec lui même et avec les siens, ceux qui ne reposent pas en paix.

Comme si je n'avais pas transporté une PAL qui tenait sur plusieurs cartons, il faut bien sûr que sous prétexte d'accompagner mes loupiots à la bibliothèque, je fasse le tour mille et mille fois des livres, des nouveautés et que, bien sûr encore, je reparte avec un nouveau volume en main. Après Magnus, que j'avais beaucoup aimé, c'est le premier roman de Sylvie Germain qui tombe entre mes mains, alors autant vous dire que je ne me suis pas retenue. Et je m'en félicite, car il y a dans ce roman une force, une émotion très forte, qui tient pour une part au style de l'auteure, se glissant à la perfection dans la peau de chaque personnage décrit, au point de le matérialiser presque devant les yeux du lecteur, mais aussi à la justesse de ses propos, à cette atmosphère un peu rétro voire surannée qui se dégage au fil des pages, à ce décor austère mais vrai de LA maison des réunions familiales, à la force de ses personnages, même les plus secondaires.

L'inaperçu, sans aucune mièvrerie, amène à la réflexion, à la compassion, à une certaine tendresse vis à vis de ces écorchés-vifs qui ne trouvent pas leur place dans la vie. A une certaine antipathie, aussi, cependant, envers celui qui domine et qui méprise. Moins obscur que Magnus quant au dénouement (j'avais deviné une certaine quantité de choses avant qu'elles arrivent), on n'en a pas moins de mal à poser le livre, qui m'a valu quelques heures intenses de lecture au détriment de mes heures de sommeil.

"Je suis un crime de guerre qui rime avec amour Ça rime très mal très cru très interdit", p. 174.

Sylvie Germain, L'inaperçu, Albin Michel.

PS: le titre du billet est aussi tiré du livre, p. 97.

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21 juin 2009

Petits arrangements avec l'infâme

letellierUn jeune homme, Khaled Addad, est amené un soir à l'hôpital psychiatrique de Toulouse, accusé d'avoir égorgé sa soeur. Bizarrement, il ne semble atteint d'aucune pathologie, mais souffre depuis des mois d'hallucinations qui mettent en scène des meurtres commis il y a plusieurs siècles. Dans un climat social délétère, le séduisant docteur Le Tellier devra se plonger au coeur d'une affaire d'intolérance religieuse qui secoua le XVIIIè siècle, au point d'en inspirer Voltaire, et semble mystérieusement se répéter aujourd'hui...

J'ai été emportée dès le début par la plume de Patricia Parry. Avec un style très efficace, elle nous sert deux affaires qui se répondent, l'une au passé pour laquelle elle utilise avec succès le style épistolaire, et l'autre au présent, sur un fond de cités qui s'enflamment, d'extrémismes qui montent, avec une touche de société secrète savamment amenée.

Les personnages sont fort bien pensés et décrits. Si je n'ai pas complètement craqué pour Le Tellier, je l'ai trouvé très humain; et je n'ai pas pu m'empêcher de m'émouvoir pour Khaled Addad et pour Emmanuel Faure, entre autres.

On est dans l'attente, on tourne les pages en se demandant où l'auteure veut vraiment nous mener... Je ne dirais pas que la fin est complètement inattendue (je l'ai sentie venir à un certain moment), mais on est fort heureux de voir que les deux affaires sont closes d'une certaine manière.

Antoine Le Tellier était le nom de mon groupe lors de la première édition de Books and the City. Honteuse de ne pas le connaître, j'étais allée me renseigner sur internet pour voir qui était ce mystérieux personnage; quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre que sa créatrice serait ma coéquipière lors de cette so glamourous aventure! Au plaisir de cette aventure partagée s'ajoute donc celui de partager son écriture; d'ailleurs, Cinq leçons sur le crime et l'hystérie ne devrait pas tarder à rejoindre ma PAL, enfin, quand je retournerai en France...

Les avis de CarolineFashion et Amanda, conquises elles aussi. Le blog de Patricia Parry est aussi à découvrir.

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03 janvier 2009

"Mon coeur est une éponge gorgée de tristesse"

Le_pays_sans_adultesA onze ans, Slimane ne connaît que la violence de son père et la soumission de sa mère face au Démon: les adultes ont instauré le royaume de la peur et de la souffrance. Seul son frère Maxence l'aide à voir la vie sous un autre angle, à protéger son coeur contre la brutalité et l'amour dévoyé (car lâche) de sa mère, à rêver une vie meilleure, une vie en couleur, une vie d'espoir, malgré la grisaille de leur quotidien.

Maxence, treize ans, le réfléchi, le clairvoyant. Sa sagesse est grande malgré son jeune âge, et son malheur est d'autant plus grand qu'il en comprend les ficelles comme un enfant impuissant qui a trop vécu. Son seul pouvoir est celui de protéger son petit frère, sa seule arme face au Démon est l'indifférence. Mais un jour le malheur est trop grand, qui se change en désespoir. Alors Maxence part, seul, pour le pays sans enfants.

La solitude de Slimane devient alors un puits de noirceur, dense, palpable, désespérante. Il ne voit qu'un chemin pour en sortir, plonger dedans tête la première pour aller rejoindre son grand frère. Mais c'est une autre voie qui lui est offerte: l'occasion de côtoyer d'autres détresses, d'autres désespoirs, de comprendre et d'être compris, de connaître le respect, la compassion, la possibilité de sortir de la spirale de la haine. C'est alors fort de ces rencontres que Slimane pourra raconter à Maxence que sa vie vaut la peine d'être non seulement rêvée, mais vécue également.

Les mots me manquent pour parler de ce livre, tellement ils ont été noyés par les larmes à la fin de la lecture. Oui, seulement à la fin, bien que plusieurs fois j'aie eu ce noeud à la gorge qui m'empêchait de respirer. Ondine Khayat nous plonge dans un sujet dramatique sans jamais en faire trop. La noirceur des événements est toujours sauvée in extremis par la luminosité des rêves d'enfant et de leur langage, une naïveté empreinte de sagesse, une sensibilité qui dépasse la douleur. On pleure de savoir que cette vie est celle de milliers d'enfants et de femmes, et c'est surtout le décalage entre la tendresse de Maxence et la brutalité qui rend les choses encore plus visibles. La plume de l'auteure est pleine de cette poésie enfantine et de cette sensibilité, elle coule toute seule et se glisse dans le coeur du lecteur. Elle fait mal et elle fait du bien en même temps, elle est lumineuse mais simple. Une lecture qui marque, assurément.

Merci infiniment à Suzanne de Chez les filles et aux éditions Anne Carrière pour cette très belle lecture.

Les avis de Karine, Joelle, Cathulu, Praline, Brize, Lucy, Aifelle, Cryssilda, Katell, toutes enthousiastes.

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02 janvier 2009

Journal désespéré d'un écrivain raté

journal_crivainrat_Cela fait un petit moment que j'ai lu ce petit journal. Et j'y ai pris un grand plaisir, car Mary Dollinger décale, extrapole, met face à face deux visions du monde qui destabilisent  complètement les personnages, pour la plus grande joie du lecteur.

Elle part d'une idée simple, mais c'est bien là la clé du succès: un écrivain du XIXè siècle confronté à un éditeur du XXIè, les belles lettres face à la recherche du profit à tout prix, l'éditeur qui attend de l'auteur non plus qu'il écrive un chef d'oeuvre, mais qu'il se plie aux diktats du lectorat, plus souvent en quête de divertissement et de légèreté que de profondeur... Sueurs froides, syncopes, coups de sang sont donc au rendez-vous, de part et d'autre. Il y a les doux, tels Flaubert, démontés par le discours de l'éditeur, qui prennent sur eux et s'étouffent à petit feu. Il y a les autres, tels Hugo, qui partent en claquant violemment la porte, ou Zola qui ne fait pas de concessions face à la réalité. Sans oublier ceux qui n'auraient tout bonnement pas été publiés.

Au-delà de toutes ces anecdotes drôles, navrantes ou attendrissantes, ce récit pose tout de même la question de ce que serait la culture française aujourd'hui si les écrivains souscrivaient aveuglément aux désidératas du monde éditorial. Imaginons nous un monde sans Balzac, une société qu'Hugo n'aurait pas dénoncée dans Les Misérables, que Zola n'aurait pas décrite jusqu'au plus infime détail? Quelles traces resteront dans quelques dizaines d'années de tous les Marc Lévy et autres qui écrivent pour publier? Quel reflet de la société? Quelle beauté du langage?

La légèreté de Mary, l'alternance de son histoire avec celle des grands donne de la légèreté au récit et le rend très vivant, j'aime beaucoup son "style pince sans rire", que certains peuvent qualifier d'humour british: flegmatique mais puissant en même temps. Le lecteur referme le livre le sourire aux lèvres et la tête remplie de réflexions.

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20 novembre 2008

La vie pétrifiée

laviep_trifi_eDeux îles, deux métiers... Xavier partage ses journées entre son bureau de médecin pour la police et le restaurant qu'il a hérité de son père, où il sert tous les soirs. Seul un pont relie ces univers, que Xavier franchit deux fois par jour, rejoingnant par ce fil ténu ces deux vies qui l'étouffent.

Un soir, un jeune couple entre dans le restaurant. D'abord ému par la tendresse qu'ils se manifestent, Xavier s'aperçoit, bouleversé, que la jeune femme est l'alter ego qu'il a toujours attendu sans jamais oser trop l'espérer. A partir de là, il tentera de s'en approcher, quitte à se trouver sur sa route, et même à l'oppresser de la même manière que Nils Trede oppresse son lecteur.

C'est un roman noir et tendu, et je suis souvent peu encline à aimer ce genre de récits (si vous avez lu mon billet sur La théorie du panda, vous allez finir par ne plus me croire). Mais la plume de l'auteur a quelque chose d'hypnotisant, une force qui empêche de se détacher des pages.

La rencontre avec cette femme chamboule tout: ces deux vies qui jusque là étaient parfaitement cloisonnées vont se rejoindre et s'affronter. Et l'image de lui même qu'en retire le protagoniste est dramatique. D'un côté le médecin taciturne, devenu peu à peu insensible à la détresse de ses patients, au point que ses collègues le qualifient d'étrange et vont même se demander s'il n'est pas un peu autiste. De l'autre le patron de restaurant, attentif à ses clients car "rien n'est trop pour eux", comme sa mère lui répète encore. Ces deux personnalités s'envahissent comme dans un jeu de vases communicants macabres qui enfoncent Xavier au plus profond de la schiozphrénie (enfin, je ne suis pas une spécialiste, mais ça m'a quand même poussée à me documenter, c'est vous dire), pendant que l'hiver gagne, que le froid envahit la ville, que tout gèle autour des personnages.

Un récit qui vous happe et qui vous tient compagnie, comme une présence, même après l'avoir terminé.

Les avis de Clarabel et de Fashion, que je remercie pour le prêt.

Nils Trede, La vie pétrifiée, Quidam éditeur.

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14 novembre 2008

Les yeux d'Elisha

lesyeuxdelishaVoilà deux ans que Tobie est parti s'installer parmi les Pelés (le peuple de la plaine) où il a fini par se faire une place. Il vit sans passé, sans trop d'illusions, au jour le jour, jusqu'à ce qu'un habitant de l'arbre lui fasse une révélation capitale, qui va l'obliger à revenir dans son ancien monde.

Ce qu'il y découvre est terrifiant. La défiance, la misère intellectuelle et morale règnent dans l'arbre qui est même menacé par des lichens et des mousses qui ne cessent de proliférer. L'effroyable Jo Mitch retient prisonniers tous les intellectuels et les a réduits à l'esclavage. Pour sa part, Leo Blue, l'ancien meilleur ami de Tobie a pris le pouvoir dans l'arbre et l'utilise pour livrer une guerre sans merci aux Pelés, qu'il tient pour responsables de la mort de son père. Il tient aussi Elisha captive et compte bien se marier avec elle, malgré les déconvenues qu'elle lui inflige...

A nouveau, Tobie ravivera l'espoir et ralliera les quelques foyers de résistance dans une tentative désespérée de débarasser enfin l'arbre des maux qui l'accablent.

Une nouvelle fois, Timothée de Fombelle nous embarque dans un magnifique récit à la suite de ce tout petit jeune homme très attachant. Tout au long du roman se posent deux questions essentielles, la première en rapport à l'utilisation immodérée et irréfléchie des ressources, la seconde en rapport aux méfaits de l'autoritarisme sur l'organisation sociale et sur l'humanité en général. On s'interroge l'air de rien, pendant que sa plume nous mène d'aventure en rebondissement, à la suite d'hommes et de femmes courageux, aimants et drôles. C'est beau, c'est frais et profond en même temps, une lecture qu'on n'oublie pas de sitôt.

Les illustrations de François Place sont en outre très belles, et nous donnent une représentation toute particulière de ce petit monde, à regarder attentivment.

Les avis de Clarabel et Gambadou.

Timothée de Fombelle, François Place (ill.), Tobie Lolness - Les yeux d'Elisha, Gallimard Jeunesse.

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13 novembre 2008

Les noeuds

Les_noeuds

Basile Porquet est le dernier héritier d'une dynastie consacrée aux noeuds. Depuis le temps de son arrière grand-père, la famille a toujours vécu de la vente de cordes à noeuds, qui ont accompagné des générations d'écoliers et de marins. Basile est d'ailleurs un virtuose du noeud, les cordes ont envahi sa maison où ne subsiste aujourd'hui que la misère tant économique que morale.

Le temps d'un après-midi, Basile passe sa vie en revue, pendant qu'il confectionne quelques noeuds supplémentaires: ses rêves, les querelles avec ses aïeuls (car Basile a des comptes à régler avec ceux qui lui ont assuré qu'il y aurait toujours une place pour ses noeuds), ses espoirs déçus mais jamais abandonnés.

J'avoue avoir été un peu déçue par Les noeuds. On retrouve avec plaisir la plume de Franz Bartelt, qui décrit les grandes misères humaines comme s'il s'agissait d'anecdotes du quotidien, avec humour et un certain sérieux empreint de légèreté. Cela dit, j'avoue avoir eu du mal à rentrer dans le monologue de Basile, peu encline que je suis à être compatissante avec les gens qui s'appitoient trop sur leur sort.

Bref, un agréable moment de lecture mais qui ne restera pas dans les annales. J'ai, de loin, préféré Les bottes rouges.

L'avis de Valdebaz, à qui je dis un grand merci pour le prêt.

Franz Bartelt, Les noeuds, Le dilettante.

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07 novembre 2008

La théorie du panda

th_oriedupandaVoilà encore un livre qui s'est retrouvé entre mes mains par le plus grand des hasards: j'étais prévenue que Bladelor venait de le finir avant notre périple stéphanois et que l'auteur y serait, et le voilà qui trônait dans un des présentoirs de ma bibli de quartier... Et ce fut une belle découverte, que cette Théorie du panda, une lecture dont on ne ressort pas forcément indemne mais plutôt plein d'interrogations...

Arrivé de nulle part dans une petite ville de Bretagne, Gabriel se fait une place dans le coeur et dans la vie de certains de ses habitants... Il y a José, le patron du Faro, dont l'épouse est hospitalisée et les enfants en pension chez la grand-mère, Madeleine, la réceptionniste de l'hôtel, qui vit en rêvant des îles et du soleil, Marco et Rita, jeune couple déjà au bout du rouleau. Il est partout, Gabriel, il cuisine, achète, accompagne, offre son temps, comme un être bienfaisant, tel le panda en peluche, rapporté par Gabriel lui-même, qui trône bientôt entre les bouteilles du Faro.

Mais cet être de lumière cache sa part de noirceur, qui apparaît petit à petit sous forme de souvenirs, dans une ambiance de plus en plus oppressante. La chute est terrible et au début, m'a franchement perturbée: j'ai lu quelques pages sous le choc avant de retrouver le plaisir de la lecture, avant que la réflexion ne reprenne le dessus, une confusion que je ressens encore d'ailleurs. Car malgré lui, je me suis réconcilié avec l'ange bien-aimé (ou l'ange libérateur, c'est selon).

La plume de Pascal Garnier est belle et efficace. L'auteur crée une atmosphère pleine d'anticipation: on se doute que le désastre couve pas loin, que ça va finir par arriver, et lorsque ça arrive finalement, on est soufflé quand même. Et puis il sait présenter ses personnages, pas beaucoup d'ailleurs (on a presque l'impression qu'ils sont tout seuls dans leur ville). Ils ont tous une profondeur, un je ne sais quoi qui nous donne envie de les suivre, d'en savoir plus. Par contre, j'ai été complètement insensible à l'humour dont parlent certains lecteurs, je ne crois pas avoir souri une seule fois en lisant La théorie du panda, mais je ne m'y attendais pas non plus.

Un bon moment de lecture.

Les avis de Bladelor, Karine, Clarabel, Katell, Gambadou, Brize et Florinette.

Pascal Garnier, La théorie du panda, Zulma.

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