07 décembre 2009
Emma
Emma Woodhouse semble régner sans partage dans le coeur et sur la place de la petite société de Highbury. Vivant seule désormais avec son père, elle se plaît à tenter de tracer la vie de ses proches connaissances, souhaitant arranger mariages et relations. Son élan ne trouve de frein qu'en la personne de Mr Knightley, à la fois beau-frère, voisin et ami attentionné (et accessoirement, meilleur parti du lieu).
Cependant, ses interventions sont bien loin d'être heureuses, et conduisent les objets de ses projets à la détresse et l'héroïne au chagrin et à la culpabilité. C'est le chemin que choisit Jane Austen pour mener cette Emma relativement capricieuse et imbue d'elle-même (sans pour autant cesser d'être charmante et bien élevée, entendons-nous bien) de l'enfance à l'âge adulte, lui faisant au passage acquérir une humilité et une maturité qui lui manquaient indiscutablement.
La fin vient ponctuer cette histoire de bonheur, le bonheur tranquille que connaît souvent la fin d'un roman austenien; la fin du chemin et la satisfaction de l'avoir parcouru.
Je ne sais trop que vous dire d'Emma, sinon pour commencer qu'elle m'a prodigieusement ennuyée par moments, bien que j'aie reconnu ses qualités et sa sensibilité dès le départ. Mais justement, elles me semblaient quelque peu gâchées par tout cet étalage de sa petite personne. En même temps, Emma n'est que rarement au centre de l'intrigue, ou l'est plutôt par erreur, lorsque ses projets se retournent contre leur bâtisseuse, car ils le font, inmanquablement. Ce sont les autres qui font les frais de la conversation: Jane Fairfax et sa prétendue idylle, le couple Elton, magnifiquement bien dépeint, Harriet Jones et ses amours sans cesse déçues (la faute à qui, on se le demande, ou plutôt pas)... Par ailleurs, j'ai été agacée de voir venir à chaque fois ce qui allait arriver, ça ne m'a pas beaucoup aidé à me concentrer sur ma lecture.
En revanche, on retrouve avec plaisir la plume de Jane Austen dès qu'il s'agit de décrire les personnages, leurs relations, la société en général. Mrs. Elton, comme je l'ai déjà dit, ne peut être mieux illustrée, pauvre personnage qui manque de sens autant que de charme et n'a de cesse de se faire valoir par ses prétendues relations. De même que Miss Bates et Mr. Woodhouse. Les personnages d'Emma ont quelque chose de commun avec ceux des autres romans, on n'est pas surpris même si ce n'est pas tout à fait pareil. Après tout, ses romans dépeignent une société anglaise dont les codes sont restés relativement inchangés pendant de longues décennies. C'est à vrai dire ce que j'ai préféré dans le roman et ce qui m'a tenu jusqu'au bout.
Je ne m'attarderai pas trop sur le personnage de Mr Knightley, que j'ai trouvé pratiquement absent du roman. Il est là, en touches, et en même temps, c'est comme si tout avait déjà été dit, car c'est à n'en pas douter, un des personnages principaux de l'histoire, la vraie, et pas celles qu'Emma se plaît à imaginer.
Bref, une lecture pas désagréable, mais j'ai déjà lu des romans de Jane Austen avec beaucoup plus d'intérêt.
Ce livre a été lu dans le cadre du challenge
04 novembre 2009
Passage du gué
Cela fait un peu plus d'un an que Passage du gué dormait sur ma PAL. Depuis Saint-Etienne, l'année dernière, en fait. Depuis, j'avais lu Accès direct à la plage; c'était si près du grand départ, que je n'ai même pas eu le loisir d'en faire un billet. Mais j'avais aimé. Beaucoup. Et il était hors de question que celui-ci attende mon retour pour être lu, alors il a fait le grand saut avec moi. Et quelle meilleure occasion pour en profiter que l'invitation de Bladelor à me joindre à la lecture commune avec Ys.
Mais venons-en au roman.
Milieu des années 2000. Fred, la quarantaine, fait les soldes avec ses enfants, lorsqu'au détour d'un rayon, il les aperçoit. Myriam, Thomas, leurs enfants. Une émotion trop vive. Un débordement qui emplit ses yeux, qui paralyse son coeur. Et un saut vertigineux vingt ans en arrière. Une revisite de cette année passée auprès d'eux, le temps de les aider à traverser un de ces cataclysmes qui anéantissent. Le temps de les aider à passer le gué... et de s'effacer.
J'ai été soufflée par l'écriture de Jean-Philippe Blondel, autant le dire tout de suite. Encore plus que dans Accès direct à la plage. Cette façon de poser des mots délicatement sur des sentiments si ravageurs, comme un joueur de Mikado défaisant patiemment l'amas de baguettes qui ne semble offrir aucune possibilité. Ce calme, cette simplicité qui pourrait ressembler à de la platitude mais qui n'en est pas. Cette beauté de l'écriture, tout simplement, qui permet de continuer malgré le maëlstrom de sentiments que j'ai parfois ressenti, juste parce que c'est beau, juste parce que c'est touchant. Cela ne tombe jamais dans le mélo et c'est d'autant plus efficace. La narration en trio, si elle ralentit parfois un peu le roman, nous permet d'entrer d'autant plus profondément dans le ressenti des protagonistes.
Quant aux personnages eux-mêmes, j'avoue que c'est surtout avec Myriam que j'ai eu du mal. Je n'ai pas été tout à fait capable d'entrer dans sa tête. Elle m'a quelquefois irritée , même si je n'ai pu que compatir (quelque part, on est forcé de compatir, et c'en est peut-être encore plus irritant, non?). En revanche, Thomas et Fred m'ont profondement émue. Voisinage improbable de la nonchalance et de la détermination, du calme tranquille de Fred et de la volonté de réussir de Thomas. Et caché sous cette carapace, un trésor d'humanité, de bonté, de fragilité, qui me les a rendus proches, si proches...
Je n'en dirai pas plus, pour ne pas vous dévoiler l'histoire. Jean-Philippe Blondel nous offre un très beau roman, Un roman qui bouscule, qui émeut, mais qui guérit aussi d'une certaine manière et je l'en remercie. Un roman que je vous conseille de lire, vous aussi.
Ce roman a été lu dans le cadre des lectures communes, avec Bladelor et Ys (qui a beaucoup moins accroché). Aifelle, Florinette et bien d'autres l'ont lu aussi.
Jean-Philippe Blondel, Passage du gué, Pocket.
PS: Désolée Bladelor pour le manque de lien, mais je n'ai pas accès à ton blog depuis plus d'une semaine.
15 octobre 2009
Le sumo qui ne pouvait pas grossir
A quinze ans, Jun est parti loin de sa mère et survit à Tokyo comme vendeur à la sauvette. Malgré sa rage rentrée et son désespoir, qui lui donnent l'air d'un oiseau déplumé, il est abordé quotidiennement par Shomintsu, un vieillard qui dit voir un gros en lui.
Cette rencontre l'amènera à commencer la pratique du sumo auprès de maître Shomintsu. Sur le chemin de l'apprentissage, Jun finira-t-il par retrouver la sérénité et l'envie de vivre?
Ça faisait longtemps que je n'avais pas lu de roman d'Eric-Emmanuel Schmitt. L'histoire n'est pas bien compliquée, c'est un roman de parcours, un cheminement qui mène Jun de la précarité dans laquelle se trouve son âme à l'équilibre, la vidant de sa violence pour que peu à peu puisse y rentrer l'espoir.
Le style est sobre mais touchant; l'idée des lettres de la mère est émouvante, bien qu'elle puisse paraître peu vraisemblable. Mais on est tenté de se laisser emporter par ses émotions, car les personnages sont attachants: ils ne manquent pas d'humanité ni de profondeur. C'est plutôt l'histoire qui en manquerait un peu.
Bref, un récit touchant, très agréable à lire, mais qui ne laissera cependant pas une trace indélébile dans la mémoire. Une lecture plaisir à ne pas bouder.
Eric-Emmanuel Schmitt, Le sumo qui ne pouvait pas grossir, Albin-Michel.
14 octobre 2009
"En vérité, le poète (...) possède l'art du funambule"
A la fin du XIXè siècle, Yuko, dix-sept ans, choisit de devenir poète pour chanter la splendeur de la neige. Ses haïkus sont d'une beauté époustoufflante, et cependant, ils restent désespérément blancs. Il part donc au sud, auprès de maître Soseki, ancien samouraï de l'Empereur, peintre et poète aveugle, pour qu'il lui apprenne l'équilibre des arts et celui des couleurs. Sur sa route, il fait une rencontre bouleversante et quasi irréelle, qui ne sera pas sans conséquence par la suite.
Je ne sais trop que dire sur ce roman, que je viens de refermer, mis à part que c'est un véritable coup de coeur. Roman poétique et initiatique, qui se savoure mot à mot. Les chapitres sont courts et efficaces, et pourtant remplis de poésie. On ne sait trop si on a devant soi un roman, un livre de poèmes ou un album avec des photos saisissantes, de par leur simplicité ou de par leur légèreté.
C'est donc aussi un roman sur l'amour, et tout cela donne l' impression à la fois d'une grande profondeur et d'une grande sérénité. La fin ferme à la fois la boucle de cette histoire, mais permet de partir vers un horizon différent, dans un bonheur retrouvé (chacun sa voie, chaque fin ne contente que son protagoniste).
Bref, je ne sais pas si je me suis fait comprendre, mais si vous voulez avoir le fin mot de l'histoire, je n'ai qu'une chose à vous dire: lisez-le, vous n'y resterez pas indifférent.
Maxence Fermine, Neige, Points Arléa.
PS: le titre du billet est emprunté au roman.
11 octobre 2009
Le jeu de l'ange
David Martin est un très jeune homme doué d'un grand talent pour l'écriture. Dans la Barcelone des années vingt, il va entamer une carrière d'écrivain, se transformant d'une certaine manière en mercenaire pour le compte de deux éditeurs dépourvus de scrupules. C'est alors que sa vie est sur le point de s'éteindre de fatigue et de maladie, qu'il fait la connaissance d'Andreas Corelli, éditeur parisien et mystérieux, qui lui propose une forte somme ainsi que la vie sauve en échange de l'écriture d'un livre très particulier.
Mû par un certain espoir, il accepte mais ne tarde pas à découvrir que le chemin qui s'ouvre devant lui est un chemin de mystère, d'obscurité, de violence et de sang même. Martin se lance alors dans des recherches autour de son éditeur, semblant semer la mort à son passage.
C'est une impression mitigée qui me reste après la lecture de ce roman, après avoir tant aimé L'ombre du vent.
J'aime toujours le style de Carlos Ruiz Zafon, sa manière de décrire une Barcelone de l'ombre, entre chien et loup, avec ses mystères, ses bas quartiers et ses secteurs bourgeois, et en même temps si réelle et bien ancrée dans l'Histoire. Les dialogues entre les personnages sont quelquefois durs, mais parfois une certaine légèreté vient saupoudrer le récit et les dialogues, faisant mes délices. Autant dire que je me suis régalée sur ce plan.
Les personnages sont tout aussi étranges et riches que dans le roman précédent, torturés mais volontaires, romantiques pour certains d'entre eux, bons ou emplis de duplicité. Et puis cela fait plaisir de retrouver le Cimetière des livres oubliés, même s'il ne s'agit que d'une apparition brève et anecdotique, et cette ambiance livresque.
L'histoire est enlevée, même si elle m'a semblé un peu brouillone parfois, peut-être un trop-plein de rebondissements.
Et pourtant, ce qui m'a déçu dans la lecture du Jeu de l'ange c'est une impression de réchauffé, de superflu. On sent que l'auteur tente de nous replonger dans l'ambiance qui avait conquis les milliers de lecteurs de L'ombre du vent, mais c'est comme si le coeur n'y était plus, comme s'il avait essayé de refaire du neuf avec du vieux et la mayonnaise prend moins bien pour qui a déjà été emporté par la très belle aventure de Danier Sempere. D'une certaine manière, c'est une aventure parallèle, même si elle a lieu plusieurs années avant, et je ne sais pas si l'étoffe de ce nouveau roman soutient la comparaison...
Cela dit, on a du mal à poser son roman une fois commencé... J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire.
Carlos Ruiz Zafon, El juego del angel, Planeta.
Robert Laffont pour l'édition française.
13 août 2009
Mais quand, et où, commence une famille?
Dans la famille Bérynx, je demande la belle-fille, Sabine, courant éperdue sur les quais une veille de Noël. Qu'est-ce qui la fait hoqueter de la sorte, et quelle est cette petite chose fagotée qu'elle serre contre son sein? Un homme s'approche, Père Noël de pacotille en pleine pause-cigarette, tendu, presque affolé: "Ne riez pas..."
On rit peu, en effet, à la lecture du roman de Sylvie Germain; par contre, on savoure ce mouvement lent avec lequel elle dénoue les écheveaux entremêlés de l'histoire familiale, croquant chaque membre posément, avec ce que chacun comporte de déchirures, de secrets, les laissant interagir pour mieux nous atteindre et même parfois (souvent) nous émouvoir.
Dans ce jeu de famille(s) déjà bien compliqué viendra s'ajouter Pierre, ce Père Noël d'un soir, porteur à la fois de lumière et de mystère, d'équilibre et de discorde, de confiance et de suspicion. C'est lui qui amorce cette dymamique douce mais implacable qui continuera même après sa disparition, lorsque lui aussi s'en ira trouver l'harmonie avec lui même et avec les siens, ceux qui ne reposent pas en paix.
Comme si je n'avais pas transporté une PAL qui tenait sur plusieurs cartons, il faut bien sûr que sous prétexte d'accompagner mes loupiots à la bibliothèque, je fasse le tour mille et mille fois des livres, des nouveautés et que, bien sûr encore, je reparte avec un nouveau volume en main. Après Magnus, que j'avais beaucoup aimé, c'est le premier roman de Sylvie Germain qui tombe entre mes mains, alors autant vous dire que je ne me suis pas retenue. Et je m'en félicite, car il y a dans ce roman une force, une émotion très forte, qui tient pour une part au style de l'auteure, se glissant à la perfection dans la peau de chaque personnage décrit, au point de le matérialiser presque devant les yeux du lecteur, mais aussi à la justesse de ses propos, à cette atmosphère un peu rétro voire surannée qui se dégage au fil des pages, à ce décor austère mais vrai de LA maison des réunions familiales, à la force de ses personnages, même les plus secondaires.
L'inaperçu, sans aucune mièvrerie, amène à la réflexion, à la compassion, à une certaine tendresse vis à vis de ces écorchés-vifs qui ne trouvent pas leur place dans la vie. A une certaine antipathie, aussi, cependant, envers celui qui domine et qui méprise. Moins obscur que Magnus quant au dénouement (j'avais deviné une certaine quantité de choses avant qu'elles arrivent), on n'en a pas moins de mal à poser le livre, qui m'a valu quelques heures intenses de lecture au détriment de mes heures de sommeil.
"Je suis un crime de guerre qui rime avec amour Ça rime très mal très cru très interdit", p. 174.
Sylvie Germain, L'inaperçu, Albin Michel.
PS: le titre du billet est aussi tiré du livre, p. 97.
22 juin 2009
La confusion des sentiments

Couvert d'honneurs à la fin de sa carrière, le narrateur, un vieux professeur, se souvient de la rencontre qui a orienté son choix professionnel et marqué sa vie. Au sortir de l'adolescence, un professeur au timbre vibrant, aux exposés passionnés, fait une vive impression sur le jeune étudiant.
Rapidement, une relation étrange va s'établir entre les deux hommes, qui ravivera la flamme créatrice du professeur mais également la passion de l'étude chez le jeune étudiant, une relation faite de fascination, d'incompréhension, de frustration, de douleur même. On en arrive à un point de tension maximal qui engendre un dénouement vécu comme une cassure, raide, rapide, sans retour possible.
Cette expérience, courte mais très intense à l'instar des récits de Zweig, nous plonge dans la naissance de sentiments ambivalents chez un jeune homme, ce qui du temps de sa publication constituait un sujet très nouveau, mais qui aujourd'hui n'a rien perdu de sa valeur.
Vous allez encore m'entendre dire "du très grand Zweig", mais... n'est-il pas vrai que la plupart de ses récits sont superbes? Vous l'aurez deviné, c'est un coup de coeur dont je ne saurais que trop vous conseiller la lecture.
15 juin 2009
El cuento numero trece (The tirteenth tale)
Margaret Lea est une jeune femme solitaire, qui ne trouve son épanouissement que dans la lecture d'auteurs déjà décédés, et dans le magasin de livres anciens qu'elle tient avec son père. Biographe à ses heures, elle n'est pas moins abasourdie le jour où elle reçoit une lettre de la célebrissime écrivain Vida Winter, lui exigeant presque d'écrire sa biographie. Or Margaret , n'a jamais rien lu des écrits de Mme Winter, peu attirée qu'elle est pas les auteurs contemporains.
Peu encline au début à accepter la proposition, elle tombe néanmoins un jour sur un livre que son père garde comme un trésor: Treize contes de la métamorphose et du désespoir, par Vida Winter. C'est le début d'une lecture haletante mais brusquement interrompue: sur les treize contes annoncés, le dernier manque à l'appel. Margaret décide alors de se rendre à la résidence de Mlle Winter. A deux, elles vont l'écrire ce conte, telle une lutte pour surmonter un passé qui ronge tant la narratrice que la biographe.
Depuis le temps que ce livre était noté dans mon petit carnet, il a fallu que je me retrouve désoeuvrée dans un grand aéroport international, au retour des obsèques de maman, pour me décider à acheter ce Treizième conte dont j'avais lu autant de critiques et qui m'intrigait tant. C'est donc dans un état d'esprit tout à fait particulier que j'ai entrepris sa lecture et j'avoue qu'au début j'eus bien du mal à accrocher à l'histoire.
Diane Setterfield nous plonge pourtant avec bonheur dans ce récit à la fois proche des romans anglais du XIXè et hors du temps, vieillot mais non dépassé et où les livres ont la part belle, que ce soit à travers les références ou dans la trame même de l'histoire de Margaret Lea et de Mlle Winter. L'atmosphère est sombre et étouffante. Les personnages sont croqués avec justesse et ne laissent pas d'impressioner le lecteur dans ce roman ou passé et présent s'entre-mêlent pour mieux nous perdre et nous tenir en haleine. Jusqu'au bout, on ne sait quel chemin compte nous faire prendre l'auteure parmi tous ses rebondissements un peu rocambolesques et, lorsque le dénouement s'annonce, la surprise est au rendez-vous, terrible quoique pas tout à fait inattendue.
Vous le devinez donc aisément, la lecture de ce roman, de désoeuvrée se fit peu à peu passionnée, m'évoquant parfois par certains aspects (bien que de loin, je l'accorde) L'Ombre du vent, ce qui, en plus de certains classiques du XIXè n'était pas pour me déplaire, loin de là. Je refermai le treizième conte dans ma tête plusieurs jours après l'avoir fait dans la vie, incapable de me plonger immédiatement dans autre chose. Un vrai moment de bonheur.
Beaucoup d'autres avis enthousiastes: Fashion, Cuné, Clarabel, Cathulu, Karine, Charlie Bobine, Emeraude, Joelle. Et j'en oublie sûrement!
23 avril 2009
La solitude des nombres premiers
Alice et Mattia sont deux êtres solitaires. Victime, elle, de l'exigeance de son père, lui, responsable innocent de la perte de sa soeur, ils s'en prennent à leur corps pour exorciser leur mal-être et grandissent dans un monde d'isolement presque absolu, qui leur permet de vivre leur adolescence en l'effleurant à peine.
Lorsqu'il se croisent, ces deux reflets d'une même tristesse vont se reconnaître et se rapprocher, mais sans jamais réussir à rester ensemble, à sortir chacun de sa prison pour aller vers l'autre. Au fil des années, Mattia choisit l'aridité des mathématiques et l'isolement du grand nord, alors qu'Alice voit passer la vie derrière l'objectif de son appareil photo.
Ce roman est empreint d'une grande tristesse, et l'on voit se succéder les images comme à travers une fenêtre par un jour de pluie, gris et froid. Les éclaircies se font attendre et, lorsqu'on croit (ou est-ce plutôt qu'on espère?) que la pluie va se calmer, l'ondée reprend de plus belle. La fin, cependant, reste ouverte, permettant au lecteur d'imaginer une suite selon son ressenti.
Paolo Giordano est un jeune auteur italien, mais son livre a déjà reçu le prix Strega en 2008. Sa plume directe et précise, un peu sévère parfois croque ses personnages sans compassion mais sans pathos. Il livre des faits et des sensations, laissant au lecteur le soin d'imaginer les sentiments qui vont avec (ou pas). Il nous présente Alice et Mattia avec toutes leurs contradictions, leur violence et leur grande fragilité, des adolescents auxquels on s'attache, et des jeunes adultes qu'on voudrait secouer pour qu'ils s'ouvrent finalement à la vie, qu'ils consentent à prendre ce premier souffle, à la fois douloureux et vital. Une histoire qui reste longtemps à nous tourner dans la tête.
Un grand merci à Suzanne de Chez les filles et aux éditions du Seuil pour ce très beau cadeau.
Les avis de Cuné, Yueyin, Aifelle, Cathulu.
Paolo Giordano, La solitude des nombres premiers, Seuil, 2009.
21 avril 2009
C'est encore une histoire de vampires...
Il est des livres dans lesquels on s'embarque sans trop savoir à quoi s'attendre. Tel était ce Riverdream, attrapé au hasard sur l'étagère des nouvelles sorties poche de l'été 2008, après avoir lu les commentaires plus que flatteurs sur l'auteur du Trône de Fer. Je ne vais donc pas vous parler d'une lecture récente (en fait, elle remonte à l'été en question), mais qu'importe, il est des romans qui ne s'oublient pas facilement, tellement ils laissent une trace précise et profonde.
Commençons par le début, donc. En l'an 1857, le capitaine Abner Marsh est aux abois. La quasi-totalité de sa flotte vient d'être détruite au cours de l'hiver et il ne lui reste en tout qu'un seul bateau, pas très rapide. C'est donc avec étonnement qu'il reçoit une proposition de Joshua York, très bel homme aux yeux d'un gris profond et aux coffres remplis d'or. Monsieur York veut faire construire le plus beau des bateaux qui aient jamais navigué sur le Mississippi, mais à une condition, il veut en être le capitaine, libre de mener le bateau à sa guise et de se comporter comme bon lui semblera.
Pas très convaincu au début par tout ce mystère, Marsh n'est pas de taille à laisser filer le rêve d'une vie et accepte le marché. Mais à peine le Rêve de Fevre commence à silloner le fleuve, Abner Marsh entrevoit une route de sang dans son sillage...
Riverdream est d'abord un roman d'ambiance magnifiquement bien réussi! La plume de George RR Martin a cette force d'envelopper son lecteur et de le transporter dans le récit. On vit au rythme du fleuve et de ses bateaux, des plantations, des tensions. Un univers profondément masculin et très complexe, où l'on se glisse sans déplaisir, au contraire. Et au-dessus des heures moites du fleuve, plane cette noirceur profonde, cette trace sanglante et cruelle laissée par Damon Julian et son clan.
Mais pas que... Les personnages aussi font la force du roman. Le Capitaine Marsh tout d'abord, quoique long à la détente, fait preuve d'un courage et d'une loyauté qui forcent l'admiration. Tout ça par attachement à un bateau... et à un homme (enfin, on se comprend) qu'il trouve honnête. Joshua York, lui, incarne magnifiquement le mythe du vampire bon (à mille lieues d'un certain père vampire aux yeux dorés qui pourrait paraître un peu inconsistent si on en venait à comparer), forcé de se soumettre au Maître du Sang, bête assoiffée de sang et de pouvoir. Il n'empêche que le beau Joshua tentera le tout pour le tout afin de trouver une autre solution que celle d'asservir l'espèce humaine. Et le courage de Marsh sera un bon catalyseur. Et comment ne pas parler de Damon Julian, parfait de noirceur de de puissance, complètement dominé par sa nature, au point de nous faire osciller entre pitié et répulsion. Tels sont les héros de notre histoire, denses et entiers, et ils sont captivants, croyez-moi.
Bref, Riverdream est un roman que je ne saurais que trop vous conseiller. La plume de GRR Martin saura vous envoûter, vous berçant dans l'atmosphère fluviale du sud des Etats-Unis, le temps de quelques rebondissements qui ne vous permettront plus de décrocher.
Fashion et Karine l'ont lu également, et ont été conquises à leur tour (sorry les filles, mais déjà vous lire est un exploit ici; vous mettre en lien semble bien au-delà de mes possibilités).
George R. R. Martin, Riverdream, J'ai lu





