21 juin 2009
Petits arrangements avec l'infâme
Un jeune homme, Khaled Addad, est amené un soir à l'hôpital psychiatrique de Toulouse, accusé d'avoir égorgé sa soeur. Bizarrement, il ne semble atteint d'aucune pathologie, mais souffre depuis des mois d'hallucinations qui mettent en scène des meurtres commis il y a plusieurs siècles. Dans un climat social délétère, le séduisant docteur Le Tellier devra se plonger au coeur d'une affaire d'intolérance religieuse qui secoua le XVIIIè siècle, au point d'en inspirer Voltaire, et semble mystérieusement se répéter aujourd'hui...
J'ai été emportée dès le début par la plume de Patricia Parry. Avec un style très efficace, elle nous sert deux affaires qui se répondent, l'une au passé pour laquelle elle utilise avec succès le style épistolaire, et l'autre au présent, sur un fond de cités qui s'enflamment, d'extrémismes qui montent, avec une touche de société secrète savamment amenée.
Les personnages sont fort bien pensés et décrits. Si je n'ai pas complètement craqué pour Le Tellier, je l'ai trouvé très humain; et je n'ai pas pu m'empêcher de m'émouvoir pour Khaled Addad et pour Emmanuel Faure, entre autres.
On est dans l'attente, on tourne les pages en se demandant où l'auteure veut vraiment nous mener... Je ne dirais pas que la fin est complètement inattendue (je l'ai sentie venir à un certain moment), mais on est fort heureux de voir que les deux affaires sont closes d'une certaine manière.
Antoine Le Tellier était le nom de mon groupe lors de la première édition de Books and the City. Honteuse de ne pas le connaître, j'étais allée me renseigner sur internet pour voir qui était ce mystérieux personnage; quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre que sa créatrice serait ma coéquipière lors de cette so glamourous aventure! Au plaisir de cette aventure partagée s'ajoute donc celui de partager son écriture; d'ailleurs, Cinq leçons sur le crime et l'hystérie ne devrait pas tarder à rejoindre ma PAL, enfin, quand je retournerai en France...
Les avis de Caroline, Fashion et Amanda, conquises elles aussi. Le blog de Patricia Parry est aussi à découvrir.
31 octobre 2008
Le danois serbe
Lorsque Sara Santanda, écrivain iranienne qui vit cachée à Londres décide de faire une apparition publique au Danemark, cela incommode beaucoup le sphères politiques, davantage intéressées par des affaires de politique étrangère et commerciale. C'est donc avec peu de moyens que le commisaire Per Toftlund doit assurer sa sécurité, aidé en cela par la journaliste Lise Carlsen, responsable de l'organisation de l'événement.
Mais un contrat a été passé à travers la mafia russe pour éliminer l'écrivain, et Toftlund ne tarde pas à l'apprendre. Le meurtrier serait d'ailleurs déjà sur le territoire. Commence alors une course contre la montre pour retrouver ce jeune homme qui se fond parfaitement dans le décor de Copenhague. Et pour cause: danois de naissance, Vuk retourne à dix-sept ans en Bosnie avec ses parents, qui seront massacrés atrocement par les gens de leur village, transformant sa vie en un cauchemar de sang et de mort où de victime, il ne tarde pas à devenir bourreau. Il a tous les atouts, il est hyper-entraîné, n'a aucun scrupule, parle le danois courament et connaît l'environnement. C'est lui, le danois serbe.
Leif Davidsen nous régale avec ce polar astucieux, où l'on suit en parallèle les préparatifs des organisateurs et ceux du tueur. Les deux chemins ne cessent de se rapprocher de manière fort intelligente, pendant que le lecteur découvre les personnages, assiste à l'évolution de leurs relations, à l'évocation de leurs rêves et de leurs démons. Les personnages sont très riches, qu'il s'agisse des protagonistes ou des personnages plus secondaires, on ne peut s'empêcher de s'impliquer dans leur vie à la suite de l'auteur.
Et puis Vuk est absolument touchant dans la mesure où il incarne la jeunesse meurtrie et désenchantée par la guerre et la douleur, qui passe du côté obscur pour s'assurer une survie, mais qui ne cesse de se demander si sa vie aurait pu être différente. Malgré sa froideur, on ne peut s'empêcher de le trouver attachant, d'autant que l'auteur ménage une petite porte à la fin, laissant supposer qu'il n'est pas impossible que Vuk recroise notre route un jour.
Les billets d'Amanda, par qui tout est arrivé, et de Fashion.
Leif Davidsen, Le Danois serbe (traduit du danois par Monique Christiansen), Folio policier, Gallimard.
17 juillet 2008
Tout commence par une affaire de pieds...
Mais que viennent faire dix-sept pieds tranchés et encore dans leurs chaussures à la porte du célèbre cimetière de Highgate? Adamsberg aura à peine le temps de se poser la question sur ces actes qui confinent à la folie, lorsqu'il est rattrapé par un horrible meurtre à Garches, en banlieue parisienne. Un cadavre émietté, éparpillé aux quatre coins du grand salon, avec une sauvagerie et une brutalité innomables.
"- Il n'y a pas de corps, dit Adamsberg en regardant la femme dans les yeux.
- Il n'y a pas de corps, répéta Pierre, mécaniquement.
- Non.
- Alors? Comment pouvez-vous dire qu'il s'agit de lui?
- Parce qu'il est dans son pavillon.
- Qui?
- Le corps." p. 63
Cette nouvelle enquête mènera Adamsberg dans un petit village de Serbie, où les gens vivent encore accrochés aux légendes du passé, ajoutant comme souvent chez Vargas, une touche de faux-fantastique (j'invente des nomenclatures si je veux, d'abord) qui n'expliquera que mieux la folie meurtrière du commun des mortels lorsque le commissaire nous mènera à la résolution de l'énigme.
"- Nous ne sommes pas en train, Retancourt, de chercher un vampir, dit Adamsberg avec fermeté. Nous ne sommes pas en train de chercher sur les routes un gars qui fut percé d'un pieu dans le coeur au début du XVIIIè siècle. Est-ce clair pour vous lieutenant?
- Pas tant que ça." pp.327-328
Dans le même mouvement, Adamsberg aura l'occasion de porter un coup décisif, puisque pas mortel, à ce monde presque intouchable de ceux qui nous gouvernent. Les clins d'oeil de l'auteure sont d'ailleurs nombreux sur les sujets qui font l'Europe d'aujourd'hui: sécurité, immigration, corruption... le tout dans une ambiance gothique soft très bien amenée.
Je me suis régalée en retrouvant le commissaire et toute sa fine équipe, avec en bonus, le retour de Louis Veyrenc, qui m'avait fait une vive impression dans la précédente aventure (que voulez-vous, on ne décide pas toujours à qui on s'attache). Je me plais à suivre les divagations d'Adamsberg, les quarts d'heure culturels de Danglard, le positivisme massif de Retancourt, leurs petites vies et leurs questionnements, leur humanité, qui nous les rendent si proches. Un très bon Vargas!
Les avis de Cathulu, Chiffonnette, Brize.
10 juin 2008
Cauchemar dans le meilleur des mondes
"En juin 2000, un tremblement de terre provoque un changement du niveau des eaux du lac de Kleifarvatn et découvre un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacées. Le commissaire Erlendur et son équipe s'intéressent alors aux disparitions non élucidées dans les années 60, ce qui conduit l'enquête vers les ambassades des pays de l'ex-bloc communiste et les étudiants islandais des jeunesses socialistes boursiers en Allemagne de l'est, pendant la guerre froide.
Tous ces jeunes gens sont revenus du pays frère brisés par la découverte de l'absurdité d'un système qui, pour faire le bonheur du peuple, jugeait nécessaire de le surveiller constamment. Erlendur, séduit par un indice peu commun, une Ford Falcon des années 60, et ému par l'amour fidèle d'une crémière abandonée, s'obstinera à remonter la piste de l'homme du lac dont il finira par découvrir le terrible secret. Indridason nous raconte une magnifique histoire d'amour victime de la cruauté de l'Histoire, sans jamais sombrer dans le pathos. L'écriture, tout en retenue, rend la tragédie d'autant plus poignante." (Quatrième de couverture)
Ils étaient jeunes et idéalistes, engagés pour construire un monde plus juste, plus humain, plus heureux...
Comme d'autres jeunes socialistes islandais convaincus et brillants, Tomas est envoyé à l'université de Leipzig pour se former et vanter plus tard les vertus du système. Mais l'envers du décor est visible pour qui ne consent pas à se voiler la face: derrière une faible couche d'idéalisme, se cache un système totalitaire et impitoyable, qui se nourrit de la crainte, de la surveillance et de la délation.
La rencontre de Tomas avec Hannes, jeune islandais désenchanté, puis avec Ilona, jeune hongroise farouchement opposée au régime et qui deviendra le grand amour de Tomas, vont lui faire prendre la mesure de l'oppression, du mensonge, puis, quand il sera trop tard, de l'horreur.
Indridason nous offre un quatrième volet sous forme de plongeon dans l'Histoire. Le récit part de plusieurs points distincts, ce qui ne facilite pas la concentration du lecteur au début, puis les différents fils commencent à converger, mais sans se presser, mêlant présent et passé, enquête policière et vie privée. Au fur et à mesure que l'on avance, on commence à soupçonner la tragédie, on la sent venir mais on continue, non pas tant pour nous prouver que nous avions trouvé juste, mais pour comprendre les motivations, les sentiments des protagonistes.
Il nous introduit un peu plus aussi dans la vie d'Erlendur, si complexe dans la relation avec ses enfants, si marquée par sa propre enfance. L'apparition de son fils Sindri nous donne une autre perspective sur ses enfants: Eva Lind est présente, mais surtout racontée par son frère (quelque part, Erlendur prend une claque, même s'il est conscient de ses torts). On partage aussi les joies et les pertes de l'équipe, autant de choses qui ne peuvent que marquer les êtres humains qu'ils sont.
Bref, un policier obscur et très bien mené, que je vous conseille de découvrir. Clarabel et Cathulu l'ont lu aussi.
19 janvier 2008
L'oeil d'Eve
Le cadavre d'Egil Einarsson est retrouvé dans le fleuve d'une petite ville norvégienne après un long séjour dans l'eau. Six mois plus tôt, il était parti montrer sa voiture à un acheteur mystérieux et introuvable. Chargé de l'enquête, l'inspecteur Sejer ne tarde pas à supposer un lien avec un autre meurtre, commis à la même époque et pas encore élucidé. Il s'agit de Marie Durban, prostituée, retrouvée morte dans son appartement.
Il n'arrive pas à mettre le doigt sur le détail qui lie ces deux affaires, mais l'attitude d'Eve Magnus, dernière à avoir vu Marie en vie et dont le témoignage n'est pas clair, suscite bien des interrogations.
Car oui, c'est bien Eve le personnage central de ce roman, et c'est là tout le mérite de Karin Fossum. Commencée sous l'oeil de l'inspecteur, d'un coup l'histoire va basculer pour nous donner le point de vue de l'autre, d'Eve, nous permettant par la même occasion de nous glisser dans la peau de cette femme, héroïne ordinaire et par là même profondément attachante, avec ses soucis, sa vie, qui bascule peu à peu dans l'irréparable.
L'inspecteur Sejer est aussi un personnage qui mérite notre intérêt, humain, attachant, sans faux semblants et très perspicace. Je ne connaissais pas cette auteure, mais je pense que je n'en resterai pas là, je suis conquise.
04 janvier 2008
L'empreinte du renard
Repéré par hasard chez Valdebaz, un jour où je devais me rendre chez mon libraire, ce titre s'est, bien entendu, retrouvé subrepticement et bien malgré moi, vous l'aurez compris, dans la pile que j'ai présenté à la caisse. J'étais d'autant plus intriguée que jamais je n'avais lu de polar africain (honte à moi). Une fois chez moi, et confortablement installée, je me suis donc laissée emmener au pays Dogon...
Au village de Pigui, deux meurtres mystérieux viennent d'avoir lieu au lendemain d'un duel. Le maire, se sentant à son tour menacé, fait remonter l'affaire jusqu'à Bamako (c'est ça, appartenir au parti gouvernant...). Le comissaire Habib et Sosso le policier vont donc devoir faire le voyage en pays Dogon, pour tenter de tirer au clair cette affaire.
Mais au pays Dogon, l'on peut tuer sans être vu, et les morts mystérieuses continuent de se succéder. Il va falloir toute l'astuce de notre duo, épaulés par Diarra, un jeune gendarme sympathique, pour venir à bout de cette aventure. Et du courage aussi, il va leur en falloir, car à vouloir y regarder trop près, ces étrangers se sont mis en grand danger.
Un polar haletant et très bien mené.
26 septembre 2007
Millenium, suite et fin
Ce tome est la suite immédiate du deuxième, donc difficile à commenter sans vous en dévoiler la fin.
Ce troisième opus est tout simplement formidable. L'auteur nous mène de secrets en découvertes, de conspirations en énigmes et l'on assiste à quelques scènes d'anthologie, tel l'interrogatoire du psychiatre par l'avocate de la défense, où toute la haine que l'on a accumulé contre ce sinistre personnage peut enfin se déchaîner sans complexe. Les scènes au sein de la Section sont aussi une belle caricature, très parlante, qui nous fait plonger dans le monde de l'espionnage la tête la première.
La fin, si bien elle n'est pas heureuse (comment le pourrait-elle?) est apaisante et porteuse d'espoir, et cela fait un grand bien après cette lecture palpitante, émouvante, qui nous a tenu en haleine pendant plus de 1500 pages.
Cathulu l'avait beaucoup apprécié aussi.
25 septembre 2007
Elle ne faisait pas qu'en rêver
Après les affaires Wenerström et Vanger, nous retrouvons Lisbeth Salander dans les Antilles, plus précisément à la Grenade. Mikael Blomkvist, quant à lui, a repris le chemin de son journal et de sa nouvelle maison d'édition.
Justement, le prochain numéro à thème et le prochain livre sont consacrés au traffic de femmes depuis l'Europe de l'est, recherche menée par Dag Svensson (journaliste) et Mia Berger (en thèse), et qui promet d'enflammer les médias. Mais quelque temps avant la publication, Dag et Mia sont retrouvés assassinés froidement dans leur appartement. Tous les indices confondent Lisbeth, de retour depuis peu à Stockholm.
Du fait de son étrange personnalité et de son passé, peu à peu dévoilé au cours du roman, Lisbeth est la cible facile des médias et de quelques policiers, trop? contents de lui mettre ces meurtres sur le dos.
Au cours de sa "cavale", seul Super Blomkvist parviendra à garder le contact et à la suivre jusqu'au dénouement, bien qu'elle garde encore une grande rancoeur à son égard (dont au demeurant elle est seule à comprendre la cause).
Ce deuxième tome commence à nous révéler le personnage de Lisbeth, dans tout ce qu'il a de complexe, d'étonnant, de révoltant, et même d'attendrissant par moments. On ne peut qu'être désolé pour elle, pour ces gâchis qui ont émaillé sa vie jusqu'à présent et l'admirer pour cette force et cette débrouillardise qui (bien que cruelles quelquefois) sont les siennes et qui lui permettent de survivre malgré les revers qu'elle a dû essuyer.
Ces revers, dont cette complexe affaire de meurtre, nous seront dévoilés peu à peu, avec maestria, par Larsson. On lit vite, le coeur palpitant, le désir impérieux de connaître la suite et la frustration de devoir refermer le roman lorsqu'on se rend compte que toute heure décente pour s'endormir est passée depuis longtemps.
14 septembre 2007
Pause lecture...
Deux jours que je poste à peine, et d'ailleurs, je vais mettre probablement mon blog en pause ce week-end. Le coupable? Stieg Larsson et sa trilogie Millenium.
Mikael Blomkvist est un bon journaliste économique, chef de rédaction de la revue Millenium, mais qui vient de mordre la poussière. Il s'est attaqué à du très gros gibier et se retrouve devant les tribunaux pour diffamation. Il perd son procès sans vraiment se défendre.
Lisbeth Salander est une jeune femme qui souffre du syndrome d'Asperger. Socialement marginale mais avec une mémoire phénoménale et des dons de fouineuse indiscutables.
Suite à la perte de son procès, Mikael est embauché par un patriarche du monde industriel suédois pour une mission de recherche. Sa nièce, disparue en 1966 à l'âge de 16 ans, avait pour habitude de lui offrir une fleur séchée pour son anniversaire. Depuis sa disparition et pendant presque quarante ans, Henrik Vanger continue de recevoir sa fleur tous les ans, à la même date. Or il est persuadé que Harriet a été assassinée. Mikael est embauché pour une dernière tentative de percer à jour ce mystère. C'est au cours de ses recherches qu'il aura recours à l'aide de Lisbeth, avec qui il démêlera cette étrange affaire. Au passage, elle lui sera d'une grande aide pour rendre coup pour coup à l'homme d'affaires qui l'avait écrasé.
J'ai été transportée par l'histoire. Ces nordiques ont le don de nous décrire les situations les plus macabres de la manière la plus sereine qui soit. Si bien que sans faire le moindre esclandre, mais avec le coeur battant la chamade (pour de vrai), on se laisse tomber la tête la première dans ce roman, et à la fin, on n'a qu'une envie: celle de vite, se procurer la suite.
Cathulu l'a lu aussi, et met d'autres commentaires en lien.




