rougemetroJ'avais toujours eu une excellente opinion des livres publiés par les Editions du rouergue dans cette collection, doAdo noir. Jusque là, tout ce que j'avais lu d'eux m'avait emballée, j'avais parfois pris une bonne claque (voire deux) et je sortais de ces lectures en regrettant de ne pas pouvoir en commander plus pour notre médiathèque de Taishan (en même temps, vu que les lycéens étaient scolarisés à Hong Kong, ce n'était pas toujours facile à justifier, hein?).

Quelle n'a donc pas été ma surprise d'avoir été déçue par ce Rouge métro qui pourtant s'annonçait plutôt bien.

Avant d'entrer au lycée, Cerise se souvient d'une nuit, peu avant les vacances, dont le souvenir l'étouffe. Elle avait pris le métro un peu tard ce soir-là. Elle avait promis à son père de rentrer avant qu'il fasse nuit, mais c'est tout juste. Dans sa rame monte un SDF, le même qu'elle avait vu le matin même. Mais celui-là, il n'est pas comme les autres, que Cerise écoute plus ou moins attentivement tous les jours dans le métro. Quelque chose cloche dans cet individu, qui la met mal à l'aise. Il interpelle les présents, il provoque, il a mal de vivre car "l'été, vous comprenez, c'est l'enfer". Peu à peu la tension monte jusqu'au dénouement, qui empoisonne encore la jeune fille plusieurs mois après et dont personne ne semble vouloir parler. Pas les adultes qui disent la comprendre et qui ne comprennent rien du tout. Pas sa meilleure amie non plus. Alors Cerise écrit pour se sortir ce souvenir de la tête, telle une épine que l'on arrache pour qu'elle arrête de nous blesser.

Alors pourquoi n'ai-je pas apprécié ce petit roman qui paraissait pourtant prometteur? Tout d'abord parce que la narratrice change de registre en permanence, disgresse pour nous expliquer comment les discours des SDF dans le métro la touchent. Comment elle a toujours été attentive aux mots des gens. Elle raconte ses souvenirs, intercalés avec l'action de ce jour J. Alors certes, ces explications sont nécessaires, mais on a l'impression que ce roman est construit comme un cerveau, toujours en ébullition et avec peu d'organisation au préalable.

Par conséquent, cette tension qui devrait monter au fur et à mesure qu'on avance n'est tout simplement pas au rendez-vous, trop diluée par le discours qui semble complètement artificiel. On sait bien que quelque chose va se passer. Vu comme c'est parti, d'ailleurs, on devine assez rapidement de quoi il s'agit. On attend un événement qui n'en finit pas d'arriver. Et du coup on s'ennuie à la lecture de ce petit roman (et heureusement qu'il est petit).

Les personnages sont très peu évoqués et donc aucunement construits. Les parents de Cerise répondent trait pour trait au stéréotype des parents vus par leurs ados d'enfants. Jamais à la hauteur, qui ne comprennent pas grand chose alors qu'ils croient avoir tout en main, qui ne sont jamais d'accord entre eux sur ce qu'on doit laisser ou pas faire à ses enfants. Clara, la copine, aurait peut-être mérité d'être un peu plus approfondie également, car elle est beaucoup plus présente dans la narration.

Je referme donc ce roman avec une drôle d'impression, celle d'un rendez-vous manqué. Et je vais vite me plonger dans un autre doAdo noir qui m'attend tout en haut de ma PAL, en espérant que j'aurai la main plus heureuse cette fois.

Claudine Galéa, Rouge métro, Editions du Rouergue, coll. doAdo Noir, 2007, 112 p.