musique de la mortLorsque le corps d'Ida Rosenkrantz, soprano d'exception à l'opéra de Vienne, est retrouvé dans sa chambre, tout porte à croire qu'elle s'est donné la mort volontairement. Mais certains détails dérangent l'inspecteur Rheinhardt qui, aidé de son ami, le psychiatre Max Liebermann, va dérouler lentement le fil cette intrigue, faite de convoitises, de mesquineries, d'amours interdites et de beaucoup de douleur. Leur enquête les rendra même très menaçants aux yeux des autorités de la ville, qui ne sont pas à une menace près pour remporter les futures élections municipales, mais aussi aux yeux de l'Empereur François Joseph...

C'est encore un roman très réussi que nous offre Frank Tallis, et j'étais un peu triste d'apprendre que c'est le dernier de la série des carnets du docteur Liebermann. L'ambiance viennoise du début du vingtième siècle est si bien restituée que le lecteur n'a aucun mal à s'imaginer lui-même arpentant les rues de cette ville mythique car si bien décrite pas des écrivains de génie tels que Zweig, pour ne citer que lui. C'est l'époque de la naissance de la psychanalise et des théories freudiennes, qui étaient encore entourées d'un parfum de scandale car allant à l'encontre des convenances et contredisant totalement la pratique de la psychiatrie jusqu'alors. C'est aussi une nouvelle période de montée de l'intolérance religieuse, notamment à l'encontre des juifs, relativement bien intégrés dans la société autrichienne de l'époque. Dans cette société évolue le docteur Liebermann, juif et jeune disciple du professeur Freud, psychiatre à l'hôpital où il lui arrive d'être en rupture de ban avec ses collègues les plus conservateurs, partisans encore à l'époque de traiter les désordres nerveux par des stimulations électriques. Mais Liebermann est aussi un homme cultivé, notamment dans le domaine musical, où Vienne offre d'innombrables possibilités. C'est d'ailleurs ce qui le lie à l'inspecteur Rheinhardt dans un premier temps, leur goût commun pour la musique et les duos qu'ils interprètent, des lieds pour la plupart, Liebermann au piano et Rheinhardt au chant.

Les autres personnages récurrents sont également riches et leurs relations très bien décrites: la relation conflictuelle du docteur avec son père, ses doutes quant à ses fiançailles avec Clara, le désir qu'il ressent par la suite pour Miss Lydgate, l'amour de l'inspecteur pour sa femme et ses filles, etc. Et les personnages, dont certains historiques, qui font des apparitions ponctuelles sont tout bonnement époustoufflants, par exemple dans ce dernier roman, c'est auprès du directeur et compositeur Mahler que nos deux amis vont pouvoir travailler.

L'intrigue policière est, comme toujours, très bien menée; l'auteur nous fait soupçonner qui il veut, les soupçons se détournent plus d'une fois pour finalement aboutir à un dénouement inattendu mais pas tiré par les cheveux. Et des intrigues politiques, toujours, se mêlent à l'investigation, ainsi que heurts avec la hiérarchie au niveau de la police, qui voudrait toujours voir avancer l'enquête dans un sens qui n'est pas forcément celui que prend Rheinhardt.

Bref, si vous voulez un polar qui se tient, dans un cadre extraordinaire, si vous voulez une lecture que vous aurez du mal à lacher, c'est bien ce roman qu'il vous faut, ainsi que tous les autres de la série.

Frank Tallis, Petite musique de la mort, 10/18 (Grands détectives), 2010, 374 p.

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Livre lu dans le cadre du mois anglais.