09 décembre 2009
Hunger games
Je me suis laissée tenter par ce livre suite aux commentaires flatteurs lus ici ou là sur la blogo. Le sujet me tentait bien en plus, alors comme nous étions sur le point de faire une grosse commande pour notre bibli, j'ai proposé de l'y ajouter sur la liste ados et, quelques semaines plus tard, Hunger Games débarquait tout frais tout neuf à la Bibliothèque de Taishan.
J'ai d'abord fait la fille raisonnable et gentille de toute façon, j'avais Passage du gué et Emma à lire pour les défis: déjà il fallait qu'il soit couvert et enregistré, et puis il y avait des personnes qui souhaitaient le lire. Je ne l'ai donc récupéré que plus tard (admirez ma grande générosité et ma maîtrise de moi, si si ;) ), pour n'y passer qu'un après-midi et une soirée dessus et me coucher encore à des heures inavouables, tant j'ai été prise par l'histoire de ces Jeux de la Faim.
A seize ans, Katniss et Peeta sont tirés au sort pour participer à un jeu de téléréalité meurtrier, dont seul le vainqueur est survivant, les Hunger Games. Organisés par les autorités, ces jeux sont avant tout un moyen de domination par la peur des populations des douze districts de Panem, qui ont une seule et unique fois tenté de se rebeller. Ainsi, chaque année, un représentant du Capitole tire au sort dans chaque district un garçon et une jeune fille, pour montrer aux gens que celui-ci a pouvoir de vie et de mort sur tous ses citoyens.
Alors lorsque Katniss entend le nom de sa petite soeur lors du tirage au sort, elle est saisie d'effroi et part volontairement à sa place, car Katniss est une survivante. Ce dont elle ne se doute pas, cependant, c'est que l'autre tribut de son district a des sentiments profonds pour elle, qui la plongent elle-même dans la confusion, ce qui ne va pas manquer de se révéler tour à tour un atout et un handicap...
Comme je l'ai dit plus haut, une fois commencé le roman, hélas, comment le reposer? Comment arrêter de tourner les pages qui enchaînent rebondissements et suspense alors qu'on veut toujours en savoir plus? Car Suzanne Collins nous offre un roman au rythme enlevé, où les événements se succèdent, entrecoupés parfois des sensations de Katniss et de ses pensées, de ses souvenirs, pour nous permettre de la comprendre.
Les personnages eux-mêmes sont dépeints simplement, avec honnêteté, ce qui nous les rend tout de suite très réels et nous permet de nous attacher à certains d'entre eux. Katniss nous est bien sympathique car même si elle se trouve dans une situation ma foi assez classique dans ce genre de roman (l'héroïne qui ne semble rien avoir de remarquable et qui devient centre de l'attention des plus beaux partis de la place), elle ne se morfond pas ni ne devient larmoyante. On la sent égarée, mais on parvient à éprouver de la compassion pour elle. Et moi-même, je ne sais pas dans quelle direction se serait orienté mon coeur, car les deux jeunes hommes sont également touchants. Gale et son amitié profonde et désintéressée, Peeta et son dévouement.
Quant aux autres tributs tirés au sort cette même année, quelques uns sont mis en valeur par l'auteure, soit pour leurs atouts, soit pour leur esprit, totalement acquis à la mentalité des Hunger Games. Le portrait en est relativement effrayant, car sur cette arène se côtoient des jeunes de tous les âges et toutes les conditions, dont certains sont simplement offerts en pâture à un public obligé de regarder ses enfants se faire tuer. C'est d'ailleurs le plus intéressant de l'oeuvre de Collins, cette vision de la télévision comme pur objet de pouvoir et de domination. Pendant toute l'adolescence de leurs enfants, les parents vivent dans la crainte que leur famille soit mutilée, et dans la joie la plus indécente lorsque ce n'est pas le cas. Les mentalités changent en fonction de ces nouvelles valeurs sociales qui marquent la victoire absolue du chacun pour soi. Dans ce système, seuls des êtres relativement marginaux, comme Katniss ou Gale connaissent l'entraide, la générosité, le don de soi. Car les pauvres, plus que les autres, sont victimes de ce système qui veut bien les assister s'ils en ont besoin, en échange d'inscriptions supplémentaires de leur nom sur la liste des tirages au sort pour les jeux.
On ne peut pas dire que ce soit de la très grande littérature, mais c'est un sacré page-turner, à n'en pas douter. On referme le roman avec une seule envie en tête aller se coucher et dormir enfin: se procurer le tome deux, qui d'ailleurs me permettra de rajouter un titre au challenge de Bladelor, lire en VO (alors ça ne compte pas, n'est-ce pas?). Autant dire que ce deuxième volume vient d'être rajouté à la PAL qui m'attend déjà en France pour Noël (quoi, pas raisonnable, moi?).
Suzanne Collins, Hunger Games, Pocket jeunesse.
07 décembre 2009
Emma
Emma Woodhouse semble régner sans partage dans le coeur et sur la place de la petite société de Highbury. Vivant seule désormais avec son père, elle se plaît à tenter de tracer la vie de ses proches connaissances, souhaitant arranger mariages et relations. Son élan ne trouve de frein qu'en la personne de Mr Knightley, à la fois beau-frère, voisin et ami attentionné (et accessoirement, meilleur parti du lieu).
Cependant, ses interventions sont bien loin d'être heureuses, et conduisent les objets de ses projets à la détresse et l'héroïne au chagrin et à la culpabilité. C'est le chemin que choisit Jane Austen pour mener cette Emma relativement capricieuse et imbue d'elle-même (sans pour autant cesser d'être charmante et bien élevée, entendons-nous bien) de l'enfance à l'âge adulte, lui faisant au passage acquérir une humilité et une maturité qui lui manquaient indiscutablement.
La fin vient ponctuer cette histoire de bonheur, le bonheur tranquille que connaît souvent la fin d'un roman austenien; la fin du chemin et la satisfaction de l'avoir parcouru.
Je ne sais trop que vous dire d'Emma, sinon pour commencer qu'elle m'a prodigieusement ennuyée par moments, bien que j'aie reconnu ses qualités et sa sensibilité dès le départ. Mais justement, elles me semblaient quelque peu gâchées par tout cet étalage de sa petite personne. En même temps, Emma n'est que rarement au centre de l'intrigue, ou l'est plutôt par erreur, lorsque ses projets se retournent contre leur bâtisseuse, car ils le font, inmanquablement. Ce sont les autres qui font les frais de la conversation: Jane Fairfax et sa prétendue idylle, le couple Elton, magnifiquement bien dépeint, Harriet Jones et ses amours sans cesse déçues (la faute à qui, on se le demande, ou plutôt pas)... Par ailleurs, j'ai été agacée de voir venir à chaque fois ce qui allait arriver, ça ne m'a pas beaucoup aidé à me concentrer sur ma lecture.
En revanche, on retrouve avec plaisir la plume de Jane Austen dès qu'il s'agit de décrire les personnages, leurs relations, la société en général. Mrs. Elton, comme je l'ai déjà dit, ne peut être mieux illustrée, pauvre personnage qui manque de sens autant que de charme et n'a de cesse de se faire valoir par ses prétendues relations. De même que Miss Bates et Mr. Woodhouse. Les personnages d'Emma ont quelque chose de commun avec ceux des autres romans, on n'est pas surpris même si ce n'est pas tout à fait pareil. Après tout, ses romans dépeignent une société anglaise dont les codes sont restés relativement inchangés pendant de longues décennies. C'est à vrai dire ce que j'ai préféré dans le roman et ce qui m'a tenu jusqu'au bout.
Je ne m'attarderai pas trop sur le personnage de Mr Knightley, que j'ai trouvé pratiquement absent du roman. Il est là, en touches, et en même temps, c'est comme si tout avait déjà été dit, car c'est à n'en pas douter, un des personnages principaux de l'histoire, la vraie, et pas celles qu'Emma se plaît à imaginer.
Bref, une lecture pas désagréable, mais j'ai déjà lu des romans de Jane Austen avec beaucoup plus d'intérêt.
Ce livre a été lu dans le cadre du challenge
04 novembre 2009
Passage du gué
Cela fait un peu plus d'un an que Passage du gué dormait sur ma PAL. Depuis Saint-Etienne, l'année dernière, en fait. Depuis, j'avais lu Accès direct à la plage; c'était si près du grand départ, que je n'ai même pas eu le loisir d'en faire un billet. Mais j'avais aimé. Beaucoup. Et il était hors de question que celui-ci attende mon retour pour être lu, alors il a fait le grand saut avec moi. Et quelle meilleure occasion pour en profiter que l'invitation de Bladelor à me joindre à la lecture commune avec Ys.
Mais venons-en au roman.
Milieu des années 2000. Fred, la quarantaine, fait les soldes avec ses enfants, lorsqu'au détour d'un rayon, il les aperçoit. Myriam, Thomas, leurs enfants. Une émotion trop vive. Un débordement qui emplit ses yeux, qui paralyse son coeur. Et un saut vertigineux vingt ans en arrière. Une revisite de cette année passée auprès d'eux, le temps de les aider à traverser un de ces cataclysmes qui anéantissent. Le temps de les aider à passer le gué... et de s'effacer.
J'ai été soufflée par l'écriture de Jean-Philippe Blondel, autant le dire tout de suite. Encore plus que dans Accès direct à la plage. Cette façon de poser des mots délicatement sur des sentiments si ravageurs, comme un joueur de Mikado défaisant patiemment l'amas de baguettes qui ne semble offrir aucune possibilité. Ce calme, cette simplicité qui pourrait ressembler à de la platitude mais qui n'en est pas. Cette beauté de l'écriture, tout simplement, qui permet de continuer malgré le maëlstrom de sentiments que j'ai parfois ressenti, juste parce que c'est beau, juste parce que c'est touchant. Cela ne tombe jamais dans le mélo et c'est d'autant plus efficace. La narration en trio, si elle ralentit parfois un peu le roman, nous permet d'entrer d'autant plus profondément dans le ressenti des protagonistes.
Quant aux personnages eux-mêmes, j'avoue que c'est surtout avec Myriam que j'ai eu du mal. Je n'ai pas été tout à fait capable d'entrer dans sa tête. Elle m'a quelquefois irritée , même si je n'ai pu que compatir (quelque part, on est forcé de compatir, et c'en est peut-être encore plus irritant, non?). En revanche, Thomas et Fred m'ont profondement émue. Voisinage improbable de la nonchalance et de la détermination, du calme tranquille de Fred et de la volonté de réussir de Thomas. Et caché sous cette carapace, un trésor d'humanité, de bonté, de fragilité, qui me les a rendus proches, si proches...
Je n'en dirai pas plus, pour ne pas vous dévoiler l'histoire. Jean-Philippe Blondel nous offre un très beau roman, Un roman qui bouscule, qui émeut, mais qui guérit aussi d'une certaine manière et je l'en remercie. Un roman que je vous conseille de lire, vous aussi.
Ce roman a été lu dans le cadre des lectures communes, avec Bladelor et Ys (qui a beaucoup moins accroché). Aifelle, Florinette et bien d'autres l'ont lu aussi.
Jean-Philippe Blondel, Passage du gué, Pocket.
PS: Désolée Bladelor pour le manque de lien, mais je n'ai pas accès à ton blog depuis plus d'une semaine.
15 octobre 2009
Le sumo qui ne pouvait pas grossir
A quinze ans, Jun est parti loin de sa mère et survit à Tokyo comme vendeur à la sauvette. Malgré sa rage rentrée et son désespoir, qui lui donnent l'air d'un oiseau déplumé, il est abordé quotidiennement par Shomintsu, un vieillard qui dit voir un gros en lui.
Cette rencontre l'amènera à commencer la pratique du sumo auprès de maître Shomintsu. Sur le chemin de l'apprentissage, Jun finira-t-il par retrouver la sérénité et l'envie de vivre?
Ça faisait longtemps que je n'avais pas lu de roman d'Eric-Emmanuel Schmitt. L'histoire n'est pas bien compliquée, c'est un roman de parcours, un cheminement qui mène Jun de la précarité dans laquelle se trouve son âme à l'équilibre, la vidant de sa violence pour que peu à peu puisse y rentrer l'espoir.
Le style est sobre mais touchant; l'idée des lettres de la mère est émouvante, bien qu'elle puisse paraître peu vraisemblable. Mais on est tenté de se laisser emporter par ses émotions, car les personnages sont attachants: ils ne manquent pas d'humanité ni de profondeur. C'est plutôt l'histoire qui en manquerait un peu.
Bref, un récit touchant, très agréable à lire, mais qui ne laissera cependant pas une trace indélébile dans la mémoire. Une lecture plaisir à ne pas bouder.
Eric-Emmanuel Schmitt, Le sumo qui ne pouvait pas grossir, Albin-Michel.
14 octobre 2009
"En vérité, le poète (...) possède l'art du funambule"
A la fin du XIXè siècle, Yuko, dix-sept ans, choisit de devenir poète pour chanter la splendeur de la neige. Ses haïkus sont d'une beauté époustoufflante, et cependant, ils restent désespérément blancs. Il part donc au sud, auprès de maître Soseki, ancien samouraï de l'Empereur, peintre et poète aveugle, pour qu'il lui apprenne l'équilibre des arts et celui des couleurs. Sur sa route, il fait une rencontre bouleversante et quasi irréelle, qui ne sera pas sans conséquence par la suite.
Je ne sais trop que dire sur ce roman, que je viens de refermer, mis à part que c'est un véritable coup de coeur. Roman poétique et initiatique, qui se savoure mot à mot. Les chapitres sont courts et efficaces, et pourtant remplis de poésie. On ne sait trop si on a devant soi un roman, un livre de poèmes ou un album avec des photos saisissantes, de par leur simplicité ou de par leur légèreté.
C'est donc aussi un roman sur l'amour, et tout cela donne l' impression à la fois d'une grande profondeur et d'une grande sérénité. La fin ferme à la fois la boucle de cette histoire, mais permet de partir vers un horizon différent, dans un bonheur retrouvé (chacun sa voie, chaque fin ne contente que son protagoniste).
Bref, je ne sais pas si je me suis fait comprendre, mais si vous voulez avoir le fin mot de l'histoire, je n'ai qu'une chose à vous dire: lisez-le, vous n'y resterez pas indifférent.
Maxence Fermine, Neige, Points Arléa.
PS: le titre du billet est emprunté au roman.
11 octobre 2009
Le jeu de l'ange
David Martin est un très jeune homme doué d'un grand talent pour l'écriture. Dans la Barcelone des années vingt, il va entamer une carrière d'écrivain, se transformant d'une certaine manière en mercenaire pour le compte de deux éditeurs dépourvus de scrupules. C'est alors que sa vie est sur le point de s'éteindre de fatigue et de maladie, qu'il fait la connaissance d'Andreas Corelli, éditeur parisien et mystérieux, qui lui propose une forte somme ainsi que la vie sauve en échange de l'écriture d'un livre très particulier.
Mû par un certain espoir, il accepte mais ne tarde pas à découvrir que le chemin qui s'ouvre devant lui est un chemin de mystère, d'obscurité, de violence et de sang même. Martin se lance alors dans des recherches autour de son éditeur, semblant semer la mort à son passage.
C'est une impression mitigée qui me reste après la lecture de ce roman, après avoir tant aimé L'ombre du vent.
J'aime toujours le style de Carlos Ruiz Zafon, sa manière de décrire une Barcelone de l'ombre, entre chien et loup, avec ses mystères, ses bas quartiers et ses secteurs bourgeois, et en même temps si réelle et bien ancrée dans l'Histoire. Les dialogues entre les personnages sont quelquefois durs, mais parfois une certaine légèreté vient saupoudrer le récit et les dialogues, faisant mes délices. Autant dire que je me suis régalée sur ce plan.
Les personnages sont tout aussi étranges et riches que dans le roman précédent, torturés mais volontaires, romantiques pour certains d'entre eux, bons ou emplis de duplicité. Et puis cela fait plaisir de retrouver le Cimetière des livres oubliés, même s'il ne s'agit que d'une apparition brève et anecdotique, et cette ambiance livresque.
L'histoire est enlevée, même si elle m'a semblé un peu brouillone parfois, peut-être un trop-plein de rebondissements.
Et pourtant, ce qui m'a déçu dans la lecture du Jeu de l'ange c'est une impression de réchauffé, de superflu. On sent que l'auteur tente de nous replonger dans l'ambiance qui avait conquis les milliers de lecteurs de L'ombre du vent, mais c'est comme si le coeur n'y était plus, comme s'il avait essayé de refaire du neuf avec du vieux et la mayonnaise prend moins bien pour qui a déjà été emporté par la très belle aventure de Danier Sempere. D'une certaine manière, c'est une aventure parallèle, même si elle a lieu plusieurs années avant, et je ne sais pas si l'étoffe de ce nouveau roman soutient la comparaison...
Cela dit, on a du mal à poser son roman une fois commencé... J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire.
Carlos Ruiz Zafon, El juego del angel, Planeta.
Robert Laffont pour l'édition française.
13 août 2009
Mais quand, et où, commence une famille?
Dans la famille Bérynx, je demande la belle-fille, Sabine, courant éperdue sur les quais une veille de Noël. Qu'est-ce qui la fait hoqueter de la sorte, et quelle est cette petite chose fagotée qu'elle serre contre son sein? Un homme s'approche, Père Noël de pacotille en pleine pause-cigarette, tendu, presque affolé: "Ne riez pas..."
On rit peu, en effet, à la lecture du roman de Sylvie Germain; par contre, on savoure ce mouvement lent avec lequel elle dénoue les écheveaux entremêlés de l'histoire familiale, croquant chaque membre posément, avec ce que chacun comporte de déchirures, de secrets, les laissant interagir pour mieux nous atteindre et même parfois (souvent) nous émouvoir.
Dans ce jeu de famille(s) déjà bien compliqué viendra s'ajouter Pierre, ce Père Noël d'un soir, porteur à la fois de lumière et de mystère, d'équilibre et de discorde, de confiance et de suspicion. C'est lui qui amorce cette dymamique douce mais implacable qui continuera même après sa disparition, lorsque lui aussi s'en ira trouver l'harmonie avec lui même et avec les siens, ceux qui ne reposent pas en paix.
Comme si je n'avais pas transporté une PAL qui tenait sur plusieurs cartons, il faut bien sûr que sous prétexte d'accompagner mes loupiots à la bibliothèque, je fasse le tour mille et mille fois des livres, des nouveautés et que, bien sûr encore, je reparte avec un nouveau volume en main. Après Magnus, que j'avais beaucoup aimé, c'est le premier roman de Sylvie Germain qui tombe entre mes mains, alors autant vous dire que je ne me suis pas retenue. Et je m'en félicite, car il y a dans ce roman une force, une émotion très forte, qui tient pour une part au style de l'auteure, se glissant à la perfection dans la peau de chaque personnage décrit, au point de le matérialiser presque devant les yeux du lecteur, mais aussi à la justesse de ses propos, à cette atmosphère un peu rétro voire surannée qui se dégage au fil des pages, à ce décor austère mais vrai de LA maison des réunions familiales, à la force de ses personnages, même les plus secondaires.
L'inaperçu, sans aucune mièvrerie, amène à la réflexion, à la compassion, à une certaine tendresse vis à vis de ces écorchés-vifs qui ne trouvent pas leur place dans la vie. A une certaine antipathie, aussi, cependant, envers celui qui domine et qui méprise. Moins obscur que Magnus quant au dénouement (j'avais deviné une certaine quantité de choses avant qu'elles arrivent), on n'en a pas moins de mal à poser le livre, qui m'a valu quelques heures intenses de lecture au détriment de mes heures de sommeil.
"Je suis un crime de guerre qui rime avec amour Ça rime très mal très cru très interdit", p. 174.
Sylvie Germain, L'inaperçu, Albin Michel.
PS: le titre du billet est aussi tiré du livre, p. 97.
22 juin 2009
La confusion des sentiments

Couvert d'honneurs à la fin de sa carrière, le narrateur, un vieux professeur, se souvient de la rencontre qui a orienté son choix professionnel et marqué sa vie. Au sortir de l'adolescence, un professeur au timbre vibrant, aux exposés passionnés, fait une vive impression sur le jeune étudiant.
Rapidement, une relation étrange va s'établir entre les deux hommes, qui ravivera la flamme créatrice du professeur mais également la passion de l'étude chez le jeune étudiant, une relation faite de fascination, d'incompréhension, de frustration, de douleur même. On en arrive à un point de tension maximal qui engendre un dénouement vécu comme une cassure, raide, rapide, sans retour possible.
Cette expérience, courte mais très intense à l'instar des récits de Zweig, nous plonge dans la naissance de sentiments ambivalents chez un jeune homme, ce qui du temps de sa publication constituait un sujet très nouveau, mais qui aujourd'hui n'a rien perdu de sa valeur.
Vous allez encore m'entendre dire "du très grand Zweig", mais... n'est-il pas vrai que la plupart de ses récits sont superbes? Vous l'aurez deviné, c'est un coup de coeur dont je ne saurais que trop vous conseiller la lecture.
21 juin 2009
Petits arrangements avec l'infâme
Un jeune homme, Khaled Addad, est amené un soir à l'hôpital psychiatrique de Toulouse, accusé d'avoir égorgé sa soeur. Bizarrement, il ne semble atteint d'aucune pathologie, mais souffre depuis des mois d'hallucinations qui mettent en scène des meurtres commis il y a plusieurs siècles. Dans un climat social délétère, le séduisant docteur Le Tellier devra se plonger au coeur d'une affaire d'intolérance religieuse qui secoua le XVIIIè siècle, au point d'en inspirer Voltaire, et semble mystérieusement se répéter aujourd'hui...
J'ai été emportée dès le début par la plume de Patricia Parry. Avec un style très efficace, elle nous sert deux affaires qui se répondent, l'une au passé pour laquelle elle utilise avec succès le style épistolaire, et l'autre au présent, sur un fond de cités qui s'enflamment, d'extrémismes qui montent, avec une touche de société secrète savamment amenée.
Les personnages sont fort bien pensés et décrits. Si je n'ai pas complètement craqué pour Le Tellier, je l'ai trouvé très humain; et je n'ai pas pu m'empêcher de m'émouvoir pour Khaled Addad et pour Emmanuel Faure, entre autres.
On est dans l'attente, on tourne les pages en se demandant où l'auteure veut vraiment nous mener... Je ne dirais pas que la fin est complètement inattendue (je l'ai sentie venir à un certain moment), mais on est fort heureux de voir que les deux affaires sont closes d'une certaine manière.
Antoine Le Tellier était le nom de mon groupe lors de la première édition de Books and the City. Honteuse de ne pas le connaître, j'étais allée me renseigner sur internet pour voir qui était ce mystérieux personnage; quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre que sa créatrice serait ma coéquipière lors de cette so glamourous aventure! Au plaisir de cette aventure partagée s'ajoute donc celui de partager son écriture; d'ailleurs, Cinq leçons sur le crime et l'hystérie ne devrait pas tarder à rejoindre ma PAL, enfin, quand je retournerai en France...
Les avis de Caroline, Fashion et Amanda, conquises elles aussi. Le blog de Patricia Parry est aussi à découvrir.
15 juin 2009
El cuento numero trece (The tirteenth tale)
Margaret Lea est une jeune femme solitaire, qui ne trouve son épanouissement que dans la lecture d'auteurs déjà décédés, et dans le magasin de livres anciens qu'elle tient avec son père. Biographe à ses heures, elle n'est pas moins abasourdie le jour où elle reçoit une lettre de la célebrissime écrivain Vida Winter, lui exigeant presque d'écrire sa biographie. Or Margaret , n'a jamais rien lu des écrits de Mme Winter, peu attirée qu'elle est pas les auteurs contemporains.
Peu encline au début à accepter la proposition, elle tombe néanmoins un jour sur un livre que son père garde comme un trésor: Treize contes de la métamorphose et du désespoir, par Vida Winter. C'est le début d'une lecture haletante mais brusquement interrompue: sur les treize contes annoncés, le dernier manque à l'appel. Margaret décide alors de se rendre à la résidence de Mlle Winter. A deux, elles vont l'écrire ce conte, telle une lutte pour surmonter un passé qui ronge tant la narratrice que la biographe.
Depuis le temps que ce livre était noté dans mon petit carnet, il a fallu que je me retrouve désoeuvrée dans un grand aéroport international, au retour des obsèques de maman, pour me décider à acheter ce Treizième conte dont j'avais lu autant de critiques et qui m'intrigait tant. C'est donc dans un état d'esprit tout à fait particulier que j'ai entrepris sa lecture et j'avoue qu'au début j'eus bien du mal à accrocher à l'histoire.
Diane Setterfield nous plonge pourtant avec bonheur dans ce récit à la fois proche des romans anglais du XIXè et hors du temps, vieillot mais non dépassé et où les livres ont la part belle, que ce soit à travers les références ou dans la trame même de l'histoire de Margaret Lea et de Mlle Winter. L'atmosphère est sombre et étouffante. Les personnages sont croqués avec justesse et ne laissent pas d'impressioner le lecteur dans ce roman ou passé et présent s'entre-mêlent pour mieux nous perdre et nous tenir en haleine. Jusqu'au bout, on ne sait quel chemin compte nous faire prendre l'auteure parmi tous ses rebondissements un peu rocambolesques et, lorsque le dénouement s'annonce, la surprise est au rendez-vous, terrible quoique pas tout à fait inattendue.
Vous le devinez donc aisément, la lecture de ce roman, de désoeuvrée se fit peu à peu passionnée, m'évoquant parfois par certains aspects (bien que de loin, je l'accorde) L'Ombre du vent, ce qui, en plus de certains classiques du XIXè n'était pas pour me déplaire, loin de là. Je refermai le treizième conte dans ma tête plusieurs jours après l'avoir fait dans la vie, incapable de me plonger immédiatement dans autre chose. Un vrai moment de bonheur.
Beaucoup d'autres avis enthousiastes: Fashion, Cuné, Clarabel, Cathulu, Karine, Charlie Bobine, Emeraude, Joelle. Et j'en oublie sûrement!





